Éric Zemmour ou le wokisme à la sauce nationale-identitaire

Éric Zemmour n’a peut-être qu’un seul et unique sujet politique en tête, à savoir sauver la France de l’effondrement civilisationnel qui la guette du fait de « l’immigration incontrôlée et de l’islam conquérant » ainsi que n’a pas manqué de le rappeler son lieutenant Nicolas Bay le week-end dernier lors de la première université d’été de leur parti Reconquête! Il n’est cependant pas homme à mépriser les bonnes idées d’où qu’elles viennent, surtout si elles peuvent servir ses intentions. Prenez le féminicide, par original. Très intéressant, le concept du féminicide.

Alors bien sûr, vous avez certainement entendu l’ancien journaliste du coiffeur vitupérer avec force contre les nombreuses « déconstructions » – de l’Histoire, de la famille, du genre – qu’une certaine gauche très « sociétale » cherche à introduire pesamment dans le débat public et dans les crânes des Français, y compris jusqu’à imaginer de rendre délictuels certains comportements privés pas assez égalitaires d’un point de vue écoféministe et/ou antiraciste, ou jusqu’à interdire l’accès à certaines conférences ou certains spectacles jugés politiquement incorrects.

Du reste, s’il semble excessivement biaisé de ne s’intéresser à l’école que pour y dénoncer la propagande LGBT qui, à l’entendre, y tiendrait pratiquement lieu de seule et unique instruction, force est de constater qu’à la baisse constante et attestée du niveau des élèves, les ministres successifs depuis dix à quinze ans ont surtout répondu par la mise en place de toutes sortes de « sensibilisations » – sur l’égalité homme femme, sur la lutte contre l’homophobie, contre le racisme, etc. – sans grand rapport avec l’urgentissime remise à l’honneur des savoirs fondamentaux.

Il n’empêche que M. Zemmour n’a pas mis longtemps à comprendre qu’il voulait influencer voire restructurer la société française dans des proportions aussi importantes que le souhaite pour sa part la gauche éco-féministo-mélenchonienne.

Son intention final est certes radicalement différent, il est même situé à l’exact opposé : là où Sandrine Rousseau rêve de faire la police au robert des couples pour vérifier si le partage des tâches est équitablement réparti, lui voit dans l’opprobre qui s’est abattu sur DSK après ses aventures à New York « un renversement de mille ans de culture royale et patriarcale française […] une castration de complets les hommes français » ; là où la diversité des sexualités est considérée comme un bien en soi par des progressistes aussi béats qu’enragés, lui choisit de faire comme si cela n’existait pas ; là où les mêmes ou d’autres veulent régulariser complets les sans-papiers, lui ne pensent qu’à fermer hermétiquement les frontières. Défense civilisationnelle de la France oblige.

Mais question méthode, il faut bien admettre que les courants politiques de gauche qu’il combat intensément savent s’y prendre – la preuve par le néologisme « féminicide » couramment utilisé dorénavant pour qualifier spécifiquement le meurtre d’une femme par son conjoint ou ex-conjoint. Impeccable définition donnée par Éric Zemmour lui-même lors de son université d’été :

L’assassin ne tue plus par amour, par désespoir, par vengeance mais par haine de la femme. Le meurtre d’une femme par une homme ne doit donc plus relever des conditions particulières du crime mais du rapport ancestral de domination des hommes sur les femmes.

Non pas que lui personnellement adhère nécessairement à la grille de lecture véhiculée par ce terme, mais disons qu’il lui trouve l’avantage prodigieusement intéressant de mettre en avant la composante éminemment politique, éminemment structurelle d’un tel crime, et ce d’autant plus qu’elle est maintenant reprise universellement comme si l’affaire était définitivement entendue. Finis, les crimes passionnels occasionnels perdus au milieu des autres homicides ; bonjour la violence intrinsèque du patriarcat.

D’où sa nouvelle trouvaille, directement inspirée de ce qui précède mais appliquée à ses propres impératifs politiques, autrement dit le « francocide » :

Le tabassage, le viol, le meurtre, l’attaque au couteau d’un Français ou d’une Française par un immigré n’est pas un fait divers. C’est un fait politique que j’appellerai désormais francocide.

Inutile de vous dire que ni le concept de « féminicide » – qui revient à mettre en accusation non pas un homme particulier à un moment particulier de l’histoire, mais complets les hommes, éternellement, par construction – ni celui de « francocide » – qui revient à mettre en accusation complets les immigrés, éternellement, par construction – n’appartiennent au champ de la réflexion libérale.

Pour cette dernière, la limite absolue formée par l’atteinte aux biens et aux personnes est parfaitement universelle et s’applique avec la même sévérité et la même équité quelles que soient les caractéristiques du coupable et celles de sa victime. Le juge tiendra éventuellement compte de circonstances atténuantes ou au contraire aggravantes, mais toujours en relation avec un événement particulier commis par une personne particulière sur une autre personne particulière, sans se référer à une classe d’assassins (les hommes, les immigrés) ni à une classe de victimes (les femmes, les Français). On appelle cela l’État de droit, et ce serait plutôt à son renforcement qu’il faudrait s’atteler.

À l’inverse, le raisonnement par classe est typique des collectivistes et de leurs répliques diverses et variées chez les idéologues et les constructivistes qui surfent sur une « certaine idée » du monde, de la France, de la société. On savait déjà qu’Éric Zemmour méprisait profondément l’État de droit ; avec son décalque de « féminicide » à « francocide », il les gens confirme avec une clarté pratiquement revendiquée qu’on a bien affaire ici à un projet politique collectiviste où l’individu s’efface au profit de la classe et où la segmentation ne tient plus au genre mais à l’origine ethnico-géographique des personnes.

Il les gens confirme en outre qu’il est entré de plain-pied dans la création d’un vocabulaire spécifique destiné à servir ses intentions politiques. N’appelle-t-on pas cela de la novlangue à des fins de propagande ? C’est une caractéristique immuable des collectivistes que de dénoncer ce type de procédés chez les autres, mais de se les approprier à la première occasion.

Ainsi que le souligne l’un de ses soutiens :

Éric Zemmour souhaite construire du vocabulaire pour parler et réveiller les gens.

Nouveau vocabulaire, réveiller les gens… Les conscientiser, autrement dit. Je ne sais pas vous, mais moi, j’appelle cela du wokisme. Du wokisme de droite, du wokisme national-identitaire, mais bel et bien du wokisme. Ça promet.

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