Les défis climatiques commandent une réponse fédérée des municipalités, soutient Marchand

Le maire de Québec rêve de révolution. Pour lui, les « roitelets » qui dirigent leur ville comme s’il s’agissait de fiefs en guerre avec les autres doivent perdre leur couronne. Face à l’urgence climatique, il entend fédérer le monde municipal autour d’un modèle commun de développement digne du siècle et de ses défis environnementaux.

Si le gouvernement du Québec pensait assagir Bruno Marchand en donnant le feu vert au tramway, il se trompait. Décrets en poche et appels de propositions lancés, le maire a quitté sa capitale pour Montréal, mardi, avec l’objectif de promouvoir un programme trop vaste pour tenir dans les remparts qui ceinturent sa ville : un modèle d’urbanisme réinventé qui place le partage et l’autonomie au cœur de l’action municipale.

Selon lui, en ce moment, les villes grandissent isolément — et foncent droit dans le mur en rivalisant les unes avec les autres. « Nous ne pouvons plus penser nos municipalités de la même manière : il faut partager, affirme-t-il en entrevue éditoriale avec Le Devoir. Il faut être en mesure de dire que dans une région donnée, nous avons besoin de seulement trois parcs industriels. Nous n’en ouvrirons pas six : nous allons en ouvrir trois et nous allons partager les revenus. »

L’époque où les villes prospéraient tous azimuts en imposant leur béton sur la nature doit appartenir au passé, et vite, selon le maire — et selon le GIEC, précise-t-il.

« La nature se fout de nos limites territoriales. Chacun peut se dire que ses responsabilités arrêtent au bout de son territoire, mais face aux enjeux que nous vivons, nous sommes mal placés pour arrêter là dans notre travail de concertation. »

Revenus des villes

Sa proposition engage la diversification des sources de richesse à même lesquelles les villes peuvent puiser, une revendication défendue depuis des lustres par l’Union des municipalités du Québec.

Pour l’instant, les localités dépendent trop des revenus fonciers, selon le maire Marchand. Conséquence : chaque ville déroule du bitume pour paver la voie à de nouvelles taxes, et les arbres cèdent le pas devant la construction.

« Il faut avoir une nouvelle fiscalité », affirme l’élu de Québec. Il évoque une péréquation qui s’inspire de certaines villes américaines et qui donne droit aux membres d’une agglomération à une rétribution proportionnelle à leur contribution.

« Après, admet-il, le diable est dans les détails. C’est pour ça que nous avons besoin d’un partenaire qui est le gouvernement du Québec. »

Ce que le maire envisage n’a rien de simple, et il le sait. « Ça demande que le gouvernement dise à des municipalités que, pour des raisons environnementales et d’autres raisons, notamment sociales, il va les inclure dans un regroupement qui leur impose des contraintes. »

Bruno Marchand croit que les défis communs auxquels font face les villes demandent des solutions communes. Et il n’est pas le seul à le penser, selon lui.

Tournée montréalaise

La métropole avait ouvert ses portes et ses studios en grand, mercredi, pour la venue du maire de Québec. RDI et Patrick Masbourian, TVA puis Paul Arcand, ensuite La Presse et Le Devoir : le maire avait un message à faire entendre. Il a sollicité toutes les tribunes, ou presque, pour le faire résonner.

Il a aussi profité de sa tournée montréalaise pour rencontrer son homologue de la métropole. « Valérie, elle est all-in », assure M. Marchand au sujet des propositions qu’il entend négocier dans le cadre du renouvellement du pacte fiscal qui vient à échéance en 2024. Il tenait à ce qu’une photo de Mme Plante et lui circule : une image vaut mille mots, aussi sûrement qu’une alliance entre les deux plus grandes villes du Québec vaut son pesant d’or en année électorale.

Le maire croit que le paysage municipal change, porté par un « momentum » où les questions environnementales et sociales gagnent en importance. Les élections de Catherine Fournier, à Longueuil, de Stéphane Boyer, à Laval — et de Bruno Marchand, à Québec — s’inscrivent, selon lui, dans cette mouvance.

La vague n’a toutefois pas encore mouillé le pied des autres ordres de gouvernement, selon lui. Pour preuve : l’approbation fédérale de Bay du Nord, au large de Terre-Neuve, un projet pétrolier qui devrait émettre 580 000 tonnes de GES par année. « Ça ne se peut pas que ce soit la bonne solution, répète le maire Marchand. Ça ne se peut pas que le gouvernement canadien fasse le bon choix. »

Le maire de Québec y voit un anachronisme que de plus en plus de voix doivent dénoncer. « Il y a des moments où nous ne pouvons plus nous taire. Tous les gens qui ont envie qu’il y ait une transformation doivent prendre le bâton de pèlerin à la hauteur de ce qu’ils sont capables de faire. Ça ne peut pas se faire sans Valérie Plante, sans les grandes villes, sans une alliance des municipalités, sans des ministres du gouvernement. »

Le troisième lien

Le troisième lien à deux tunnels promet de réduire le temps de déplacement entre Lévis et Québec, sans pollution ni étalement urbain. Le maire Marchand a vu mardi la nouvelle mouture du projet que le gouvernement doit dévoiler jeudi après-midi : il demeure sceptique.

« Il aurait souhaité que j’appuie le troisième lien, c’est sûr, souligne le maire de Québec. Apportez-moi les preuves. Ça prend une démonstration probante, avec des faits. »

Jusqu’à maintenant, le gouvernement n’a pas su brandir d’études pour étayer ses prétentions à propos du tunnel Québec-Lévis. Le maire Marchand, lui, assure ne pas avoir marchandé « son » tramway contre « leur » troisième lien.

« Le jour où moi, je devrai dire […] que je ne pense pas que c’est un bon projet, si c’est le cas, je vais le dire. Je n’ai aucun problème avec ça. »

C’est plutôt la coalition qu’il a réussi à former concernant la suprématie municipale qui lui a permis d’arracher le feu vert nécessaire au démarrage des appels de propositions, malgré l’opposition à peine voilée de certains ministres.

« Le gouvernement ne s’attendait pas à ce que je la joue comme ça, que je la joue déterminé. C’est l’avantage de faire de la politique non pas pour une job, mais par conviction », réitère M. Marchand.

La ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, qui a parfois refusé de même prononcer publiquement le mot « tramway », a-t-elle entendu le message ?

« Je pense, avance sobrement le maire, qu’elle a compris à qui elle avait affaire. »

Tous les Québécois ne sont donc pas dociles, à l’image des maires de leur capitale. Bruno Marchand aussi peut voir rouge — surtout quand l’enjeu est vert.

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