Les émissions de CO₂ du secteur énergétique à un niveau record en 2021

Les signaux climatiques ont beau être de plus en plus alarmants, la dépendance aux énergies fossiles ne fléchit pas. Résultat : les émissions mondiales du secteur de l’énergie ont atteint un niveau record en 2021, révèlent des données publiées mardi par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Bref, le monde n’a pas répondu à l’appel pour une relance qui soit en phase avec la lutte contre la crise du climat.

Le secteur énergétique, qui est le principal émetteur de gaz à effet de serre (GES) dans le monde, a connu un rebond important l’an dernier, après le recul imputable aux impacts de la pandémie. Les émissions mondiales de CO2 du secteur ont augmenté de 6 % par rapport à 2020, pour atteindre 36,3 milliards de tonnes de GES.

 

Ce niveau d’émissions représente le « plus haut niveau jamais atteint », selon l’AIE, puisqu’il a surpassé le précédent record, atteint en 2019 : 36,1 milliards de tonnes. Depuis le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, les émissions du secteur ont augmenté de 69 %. Elles ont aussi connu une croissance de 5 % depuis la signature de l’Accord de Paris sur le climat, en 2015. Et lorsqu’on ajoute les émissions liées à la production de l’énergie (émissions fugitives et méthane), le bilan du secteur a atteint 40,8 milliards de tonnes en 2021.

Charbon

La reprise économique « extrêmement rapide », les conditions météorologiques et les conditions du marché énergétique ont conduit l’an dernier à une croissance de la combustion de charbon, la pire des énergies fossiles.

Globalement, le charbon est responsable d’environ de 40 % de la croissance des émissions de CO2 du secteur de l’énergie, avec un niveau historique de 15,3 milliards de tonnes de CO2 émises en 2021 (contre 9,2 milliards de tonnes en 2001). Le gaz naturel a aussi dépassé le niveau d’émissions de 2019, avec un total de 7,5 milliards de tonnes.

En ce qui a trait au pétrole, les émissions ont atteint 10,7 milliards de tonnes en 2021 (le même bilan qu’en 2012), soit un niveau inférieur à celui d’avant la pandémie, principalement en raison de la reprise plus lente du secteur des transports. Dans un rapport publié en février, l’AIE prévoyait cependant une reprise de la demande mondiale cette année, ce qui pourrait pousser la demande à plus de 100 millions de barils par jour.

Hausse généralisée

Pratiquement toutes les régions de la planète ont connu une hausse des émissions du secteur de l’énergie en 2021, souligne l’AIE. Au Brésil et en Inde, la croissance avoisinait les 10 %, alors qu’elle se situait à 7 % aux États-Unis et en Europe, et à 5 % en Chine.

À elles seules, les émissions du secteur de l’énergie en Chine ont augmenté de 750 millions de tonnes entre 2019 et 2021, principalement en raison d’une « croissance économique » continue, malgré la pandémie. Selon les données de l’AIE, la hausse des émissions en Chine a donc annulé la baisse de 570 millions de tonnes constatée à l’échelle de la planète entre 2019 et 2021.

Malgré le rebond marqué de l’utilisation des énergies fossiles responsables de la crise climatique, les énergies renouvelables et le nucléaire ont connu une forte croissance en 2021. Néanmoins, souligne l’AIE, les pays n’ont pas répondu aux appels en faveur d’une reprise post-pandémie qui soit en phase avec la lutte contre la crise climatique. Dans les documents publiés mardi, l’AIE demande donc une croissance des investissements dans le développement des énergies renouvelables, afin de « maintenir en vie » l’objectif de la carboneutralité à l’horizon 2050.

Carboneutralité en 2050 ?

Pour espérer atteindre cette cible et ainsi limiter le réchauffement planétaire à un seuil viable, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) évalue qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de 45 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2010, mais aussi ramener les émissions à zéro d’ici 2050.

Or, tout indique pour le moment que le réchauffement se poursuivra. Dans un rapport publié en août 2021, le GIEC soulignait d’ailleurs que la hausse des températures devrait atteindre 1,5 °C d’ici 2030 ou 2040. Celle-ci atteint déjà 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, alors que les engagements climatiques des États nous conduisent vers un réchauffement d’au moins 2,7 °C. L’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris sur le climat, signé en 2015, est pourtant de ne pas dépasser les 1,5 °C

Dans son plus récent rapport, publié au début du mois de mars, le GIEC estime que l’humanité est en voie d’annihiler ses chances de maintenir un avenir viable. Le réchauffement a d’ailleurs déjà provoqué des impacts « irréversibles » et de plus en plus difficiles à gérer, alors que nous ne sommes tout simplement pas prêts à faire face aux impacts de la crise climatique qui devraient s’aggraver au cours des prochaines années.

Si la trajectoire climatique actuelle se maintient, le GIEC prévoit que le monde tel qu’on le connaît deviendrait carrément « méconnaissable », avec un « recul de l’espérance de vie » et « un recul de la qualité de vie » dans plusieurs régions de la planète. « L’état de santé et de bien-être » de la population serait ainsi « substantiellement réduit » et cet état continuerait de se dégrader au cours des décennies suivantes. Le GIEC met d’ailleurs en garde contre une hausse « majeure » des prix des aliments, des conflits et des migrations climatiques.

Le prochain rapport du GIEC doit être publié en avril. Il portera sur les mesures à prendre pour réduire les émissions mondiales de GES et ainsi s’attaquer aux bouleversements du climat.

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