Les décès, une guerre de chiffres en Ukraine

En marge de l’invasion en cours en cours en Ukraine, une guerre de chiffres se poursuit entre Kiev et Moscou quant aux victimes civiles et militaires de ce conflit, tandis que différents organismes et agences de renseignement tentent de décortiquer diverses données et images satellites pour en arriver à leur propre bilan. Trois experts font le point sur ces données discordantes.

« La première victime de la guerre, c’est la vérité », laisse tomber le spécialiste de la sociologie du militaire et professeur au Collège des Forces canadiennes, Éric Ouellet, lorsqu’on le questionne sur les bilans divergents émis concernant les victimes de la guerre en cours en Ukraine depuis trois semaines. « Dans cette guerre comme dans n’importe quel conflit, il y a toujours un peu une guerre de propagande », évoque aussi le vice-recteur associé à la recherche au Collège militaire royal du Canada, Pierre Jolicœur.

Dans la mise à jour de jeudi, le ministère de la Défense de l’Ukraine a par exemple évalué à environ 14 000 le nombre de soldats russes qui auraient péri depuis le début de ce conflit. C’est 28 fois plus que la dernière estimation publique du Kremlin, qui évalue encore ce nombre à 498 soldats morts au combat.

Le Devoir n’a pu accéder au site web du ministère de la Défense russe, jeudi, mais celui-ci a récemment affirmé sur sa page Facebook avoir détruit 182 avions et hélicoptères ukrainiens depuis le début de ce conflit, de même que 1393 véhicules blindés. Le ministère prend d’ailleurs soin de ne pas mentionner le terme « guerre » dans ses communications publiques, où il fait plutôt état « d’opérations humanitaires » dans des villes dévastées, comme Marioupol.

« Les gouvernements des deux pays ont une bonne idée des pertes militaires et civiles. Mais pour des raisons assez évidentes, ils ne vont pas partager ces données-là parce que ça peut jouer contre eux », affirme M. Ouellet. La Russie et l’Ukraine ont en effet intérêt à sous-estimer le nombre de leurs soldats morts au front pour éviter de démoraliser les troupes et — dans le cas de Kiev — la population locale qui résiste à l’invasion.

« Le problème avec ces données, c’est que les deux gouvernements ont avantage à exagérer les pertes de l’autre côté », évoque également le professeur au Département de science politique de l’Université de la Colombie-Britannique Allen Sens, qui se spécialise dans les dossiers de sécurité internationale. Ainsi, « les données gouvernementales sont sans doute les moins crédibles », tranche l’expert.

Des sources indépendantes

Les experts consultés par Le Devoir estiment ainsi qu’il est préférable, pour avoir un aperçu plus réaliste des victimes militaires de ce conflit, de se tourner vers les agences de renseignement occidentales, qui basent leurs bilans sur le croisement de diverses données, incluant des informations provenant de sources locales sur le terrain et des images satellites des villes dévastées par le conflit en cours. Mercredi, des fonctionnaires du Pentagone cités par le New York Times ont ainsi évalué à environ 7000 le nombre de soldats russes ayant péri jusqu’à maintenant.

Le ministère de la Défense des États-Unis a d’autre part affirmé que plus de 980 missiles ont été tirés en Ukraine jusqu’à maintenant par la Russie, dans une mise à jour de la situation publiée sur son site web mercredi. Son pendant Britannique publie pour sa part quotidiennement sur les réseaux sociaux une mise à jour sur le conflit en cours en Ukraine. « Ce sont probablement les sources auxquelles je fais le plus confiance » en raison de « la rigueur » de leurs méthodes de calcul, indique M. Sens.

M. Jolicœur recommande pour sa part aux citoyens désirant consulter une source fiable pour suivre l’évolution de ce conflit de se baser sur les rapports détaillés émis régulièrement par l’Institute for the Study of War, un groupe de réflexion non partisan composé d’experts dans le milieu militaire. « C’est probablement une des meilleures sources » pour suivre l’évolution du conflit en Ukraine, affirme-t-il.

 

Victimes civiles

Quant aux bilans des victimes civiles de ce conflit, ils varient aussi grandement d’une source à l’autre. Ainsi, seulement dans la ville portuaire de Marioupol, le conseil municipal a fait état jusqu’à maintenant d’environ 2500 victimes civiles. Or, l’Organisation des Nations unies (ONU), qui publie quotidiennement un recensement des victimes de ce conflit, a fait état dans son plus récent bilan, jeudi, d’au moins 780 civils tués depuis le début de l’invasion russe, de même que 1252 autres blessés.

L’ONU agit toutefois par excès de prudence en publiant uniquement les données concernant des personnes mortes dont l’identité a pu être confirmée, « alors qu’on a plein de morts qu’on ne peut pas vérifier », soulève M. Ouellet. « Ce sont des données très prudentes et sans doute nettement inférieures aux véritables chiffres », analyse aussi M. Sens.

Une fois de plus, l’état réel des lieux pourrait se retrouver à mi-chemin entre les données publiées par les autorités locales et celles émanant d’organismes comme l’ONU et Human Rights Watch, qui a dénoncé plusieurs attaques russes contre des civils dans différentes villes d’Ukraine dans les derniers jours.

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