Le silence francophone | Le Devoir

L’invasion de l’Ukraine par la Russie est un rejet brutal du droit international et des fragiles équilibres garantissant la sécurité des nations du monde. De plus, elle constitue une incontestable violation des droits de la personne. Déjà, après quelques jours de conflit, on enregistre un nombre important de violations de règles élémentaires du droit international humanitaire qui font de nombreuses victimes civiles. Un hôpital a été détruit de même que les installations de télévision…

Plus de 600 000 personnes ont fui l’Ukraine. Les Nations unies estiment à un million le nombre de déplacés à l’intérieur du pays, nombre qui pourrait atteindre plus de sept millions, selon la même source. L’armée russe est aux portes de la capitale…

Heureusement, face à cette agression, la réaction et la solidarité internationales sont l’une et l’autre remarquables. Des millions de personnes sous toutes les latitudes et un nombre impressionnant de pays ont réagi, multiplié les gestes de soutien envers l’Ukraine et adopté des mesures sans précédent de limitation du commerce avec la Russie. Quatre-vingts pays ont accordé leur patronage au projet de résolution (États-Unis et Albanie) au Conseil de sécurité demandant l’arrêt immédiat des combats. La mobilisation s’organise aussi pour l’accueil des réfugiés.

Notons, particulièrement pour l’en féliciter, l’attitude de la Suisse qui, rompant avec sa traditionnelle neutralité, a décidé d’adopter les mêmes sanctions économiques que l’Union européenne.

La société civile est aussi sur le front de la dénonciation de l’agression russe (les autorités internationales du sport — Mondial de football, CIO, FIFA, UEFA —, les institutions culturelles, par exemple la Biennale des arts contemporains de Venise) et, chaque jour, on observe partout dans le monde des manifestations de solidarité envers le peuple ukrainien. De plus, plusieurs organisations et institutions internationales (l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’Union africaine, l’Organisation des États américains, l’OCDE) ont rapidement dénoncé cette agression russe.

Le Conseil des droits de l’homme a décidé de tenir une session extraordinaire sur les opérations russes. Quarante-sept pays, dont plusieurs francophones, ont soutenu cette proposition. La Cour pénale internationale envisage une enquête sur « les crimes contre l’humanité » commis en Ukraine. La secrétaire générale du Commonwealth vient de dénoncer la violation par la Russie des règles de base du droit international et a appelé à la cessation de l’agression russe.

Provocation

Depuis plus de quinze ans (2006), l’Ukraine est membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Comment expliquer le silence de la Francophonie alors qu’un de ses membres est agressé par un pays étranger et que des milliers de citoyens « sympathisants » francophones sont touchés ? Bien sûr, dans le cas où deux pays francophones seraient en conflit, on pourrait comprendre que, par souci de neutralité, les autorités de l’OIF ne prennent pas de position publique. Dans la guerre en cours, c’est un pays étranger à la Francophonie qui envahit un pays membre, et rien ne peut justifier ce silence !

Comment tenir le discours du droit international, de la Charte des Nations unies, de la Déclaration universelle des droits de l’homme (de la personne) sans dénoncer cette guerre ? Dans ce conflit sont apparues aussi les limites de la « solidarité francophone ». Les Émirats arabes unis sont un membre associé de l’OIF et, pourtant, ils n’ont pas soutenu la résolution au Conseil de sécurité qui exprimait un soutien à un autre pays francophone ni le projet de tenir une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme.

Plus inquiétant : selon la presse russe, lors d’un entretien avec Poutine consacré aux mesures de stabilité du marché pétrolier, le prince dirigeant émirati aurait « constaté le droit de la Russie à assurer sa sécurité nationale ». On ne peut admettre qu’un pays membre adopte des positions en rupture avec les valeurs communes affirmées dans la Charte de la Francophonie et défendues par cette dernière.

L’OIF avait prévu de tenir à Dubaï, le 20 mars, la Journée de la Francophonie. Cette journée est destinée à rappeler les valeurs qui unissent les pays membres et la mobilisation de l’OIF notamment pour « l’instauration et le développement de la démocratie, la prévention, la gestion et le règlement des conflits, le soutien à l’État de droit et aux droits de l’homme (de la personne) ». Dans ce contexte, un discours apparaît aujourd’hui impensable dans ce pays qui a refusé d’être solidaire de l’Ukraine.

Évoquer à Dubaï la solidarité francophone et les valeurs qui unissent les États membres ne pourrait susciter que sourires moqueurs et réactions d’indignation ! À défaut d’avoir dénoncé l’agression russe, à défaut d’avoir exprimé sa solidarité pour l’un de ses membres et le peuple ukrainien, au moins la Francophonie doit-elle renoncer à organiser un événement qui constituerait, de fait, une véritable provocation ! Il est encore temps de briser ce silence et de condamner, haut et fort, cette terrible agression contre un membre de la communauté francophone.

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