Le double crachat | Le Devoir

Le grand chef américain Michael Tilson Thomas, 77 ans, dont les apparitions sur scène vont s’étioler à court terme, a donné le second de ses trois concerts à l’OSM devant une salle même pas à moitié remplie.

Ce devait être le moment de Michael Tilson Thomas. Un cadeau unique et précieux que ce grand musicien nous offrait en maintenant sa participation à cette série de concerts en dépit de l’annonce, le 2 mars, de son glioblastome multiforme, un type de cancer du cerveau agressif.

Un don précieux

« J’ai subi une opération pour enlever ce qui était visible et j’ai suivi une radiothérapie et une chimiothérapie. Actuellement, le cancer est enrayé. Mais l’avenir est incertain, car le glioblastome est un adversaire retord. Sa récurrence est, malheureusement, la règle plutôt que l’exception », écrivait alors le chef. On comprenait qu’il honorerait ses collaborations prévues pour cette saison et la prochaine, si la santé le lui permettait, désirant ensuite « composer, écrire et […] prévoir plus de temps pour m’émerveiller, me promener, cuisiner et passer du temps avec mes proches — à deux ou quatre pattes. »

C’est une partie du reste de cette « vie précieuse », dans ses termes, qu’il nous offre en trois concerts cette semaine dans la 9e Symphonie de Schubert, cette œuvre qui a sacré Kent Nagano roi, ici, à Montréal. Ne pas se rendre compte de l’éminence de ce cadeau en boudant un tel concert est un crachat à la face d’un grand artiste. Et quand bien même « MTT » ne serait pas malade, quand l’un des grands chefs de la planète vient diriger à Montréal une des plus mythiques symphonies du répertoire, c’est quoi le problème ? Qu’il n’y a pas marqué « Nagano » sur le billet ? Ben, Messieurs, Dames, Nagano il faudra en revenir…

Or donc, au lieu de parler de ce don, de remercier l’OSM de nous avoir ramené « MTT » à Montréal, il n’a été question cette semaine que d’un post-gamin de 20 ans, victime collatérale, hélas, de l’invasion et du bombardement massif des civils d’un pays souverain par un pays agresseur. Le sien.

Le cas Malofeev

L’OSM a jugé en son « âme et conscience », que « la présence de M. Malofeev au sein de l’orchestre cette semaine ne permettrait pas à l’OSM de remplir la mission si précieuse “de porter le message universel de la musique qui rassemble les cultures et les peuples dans un esprit de paix, de fraternité et de solidarité humaine” mais, plutôt, contribuerait à accroître les tensions au sein même de la communauté » nous dit l’institution.

L’OSM s’est fait vilipender de tous bords, tous côtés sur les réseaux sociaux pour cette décision. Soit. La position est délicate et ouvre une boîte de Pandore. Soit. Car si les institutions culturelles se mettent à jouer aux arbitres politiques où va être tracée la ligne ? Ne va-t-on plus recevoir Lang Lang parce que des Ouïghours sont maltraités dans des camps ?

Nous reviendrons dans un autre article, plus tard, sur le fond de cette question. Ce qui nous intéresse ici c’est surtout que sur la page Facebook du Devoir il s’est trouvé 2700 personnes pour avoir un avis sur la décision de l’OSM et 1600 pour la commenter, sans compter les avis et commentaires résultant de 235 partages. La question que pose la vue de la salle, jeudi, est : toutes ces personnes qui s’intéressent de si près à l’OSM et à la musique et qui étaient plus 1800 sur 2700 (avis tout à fait légitime, évidemment) à lui cracher dessus, ils sont où quand la musique commence ? Ce sont-ils même rendu compte que la présence de Malofeev n’était qu’un épiphénomène de ce concert dont le sel et l’objet étaient autres ?

Cordes en relief

La maladie qui affecte Michael Tilson Thomas n’a pas altéré sa lucidité musicale. Le musicien n’a pris les applaudissements pour lui : il a voulu les diriger principalement vers les cordes, interrompant le public pour lui raconter que la Symphonie de Schubert comprenait 47 917 notes !

Il est vrai que les cordes ont été la pièce maîtresse du concert avec une densité sonore intense dans l’Ouverture tragique, une suavité diaphane touchante dans Dernier printemps de Grieg, une articulation et une netteté impeccables dans la 9e Symphonie de Schubert.

L’approche de l’ouverture de Brahms était très pondérée, misant sur la saturation des coloris plus que sur l’énergie. Un prolongement à la Quatrième symphonie de Zubin Mehta en quelque sorte.

La 9e Symphonie de Schubert a dégagé, dans les mouvements I et IV la sensation étrange de calquer de très près la vision de Kent Nagano, un peu comme si MTT avait dit à l’orchestre : « Jouez votre Neuvième » : mêmes choix, aux mêmes endroits, de ne pas faire certaines reprises, mêmes types de phrasés, même balance cuivrée dans le 1er mouvement. À la fin de l’œuvre MTT, aussi, n’observe pas le decrescendo. Les différences notables sont un Finale pas très « Vivace » et un 2e mouvement étonnamment vif, presque batifolant et tournant le dos à la douce poésie sylvestre et nostalgique véhiculée habituellement.

Nous ne dirions pas que la 9e de Schubert est « le » cœur de répertoire de Michael Tilson Thomas. Son approche a paru surtout déterminée à ne pas se perdre dans des errances romantiques.

Il reste une chance, dimanche après-midi, pour les Montréalais de comprendre que l’objectif de ce concert est de rendre hommage à un chef qui a accompagné notre vie de mélomanes des visions musicales de première grandeur.

Michael Tilson Thomas : monumental

Brahms : Ouverture tragique. Grieg : Mélodie élégiaque, op. 34 n° 2 « Dernier printemps ». Schubert : Symphonie no 9, D. 944, « La Grande ». Orchestre symphonique de Montréal, Michael Tilson Thomas. Maison symphonie, jeudi 10. mars. Reprise dimanche 13 mars à 14h30. Diffusion sur osm.ca du 19 avril au 10 mai.

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