La chronique de Michel David: bâti pour gagner

Jean Charest donne dans la caricature — la Conquête de l’Ouest — en lançant officiellement à Calgary sa campagne à la direction du Parti conservateur. Quant à y être, pourquoi pas un chapeau de cowboy ?

Le sénateur Leo Housakos, qui l’avait appuyé lors de sa première tentative, en 1993, a qualifié l’ancien premier ministre de « conservateur de convenance » et d’homme du passé. Il doit en effet être assez enrageant pour ces émules de la droite américaine, dont Pierre Poilievre est le héros, de voir un homme prétendre les diriger après avoir fait carrière pendant des années en se présentant comme l’apôtre des « valeurs libérales ».

Certes, M. Charest aurait été lui-même bien incapable de rédiger le petit ouvrage sur le sujet qu’il avait commandé à Claude Ryan, en 2002, afin de se donner un peu d’assise intellectuelle, mais il donnait l’impression adhérer de tout cœur à ses propos.

« Ces valeurs, bien enracinées dans notre histoire, sont toujours les clés qui nous permettent d’ouvrir les portes de l’avenir et d’en relever les défis avec engagement et avec ferveur. À un moment où certains semblent oublier que la politique est avant tout une volonté de changer la société pour l’améliorer », écrivait-il en préface.

À bien y penser, M. Charest pourrait utiliser exactement les mêmes mots, en y mettant la même sincérité, pour faire l’apologie des valeurs conservatrices. La politique est un domaine où le recyclage est très développé.

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Le député de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes, qui est devenu son plus ardent promoteur après avoir agi comme lieutenant québécois d’Andrew Scheer, qu’on ne pouvait certainement pas qualifier de progressiste, ne s’y est pas trompé : M. Charest est en effet une bête politique pour qui les valeurs sont essentiellement affaire de marketing.

Certes, tout bon politicien doit savoir profiter des circonstances et saisir l’occasion quand elle se présente, mais le va-et-vient de M. Charest entre les scènes canadienne et québécoise est unique dans les annales. Quand on arrive à surmonter l’indignation que peuvent susciter ses années de pouvoir, l’observation de ce véritable caméléon est fascinante. Aucun premier ministre québécois, même fédéraliste, n’aurait même pu imaginer servir alternativement le Québec et le Canada.

Quand on ne croit pas à la réalité des changements climatiques, la perspective d’avoir pour chef l’initiateur du marché du carbone doit certainement être insupportable. Quand on rêve d’un « deuxième amendement » qui consacrerait le droit au port d’armes, on ne souhaite pas davantage être dirigé par un ardent défenseur du registre des armes à feu.

Les partisans de Pierre Poilievre ont peut-être des idées exécrables, mais ils y croient vraiment, au point de préférer rester dans l’opposition plutôt que d’y renoncer. Comment pourraient-ils prêter allégeance à un homme qui est simplement « bâti pour gagner », peu importe à quel prix ?

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Les « progressistes-conservateurs », qui voient M. Charest dans leur soupe, ne se font sans doute pas d’illusion sur la sincérité de ses convictions. Ils veulent simplement gagner, quitte à fermer les yeux sur les pratiques scandaleuses du parti qu’il a dirigé pendant 14 ans et que M. Poilievre se fera un devoir de rappeler à satiété.

On a presque fini par oublier qu’avant d’être chef du Bloc québécois et premier ministre du Québec, Lucien Bouchard était un conservateur bon teint qui faisait partie du même gouvernement que Jean Charest, à qui il avait claqué la porte parce qu’il reprochait à son jeune collègue d’avoir présidé un comité qui recommandait une dilution de l’accord du lac Meech que lui-même jugeait inacceptable.

Cela ne l’a pas empêché de donner sa bénédiction à celui que le camp fédéraliste avait dépêché au Québec en 1998 pour l’empêcher de tenir une troisième référendum. « Mon ami Jean Charest », disait-il mardi.

Entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre. François Legault ne se mêlera pas de la course au Parti conservateur, mais on ne voit pas comment il pourrait souhaiter l’élection de M. Poilievre, qui serait infréquentable, même si sa conception du fédéralisme correspond davantage aux aspirations autonomistes de la CAQ que la vision centralisatrice des libéraux.

Si M. Charest gagne la course, il sera assez savoureux de voir M. Legault se découvrir des affinités avec celui qui poursuit son gouvernement devant les tribunaux en raison des fuites de l’enquête Mâchurer, aujourd’hui abandonnée, et qui a doublé la somme réclamée depuis que la vice-première-ministre, Geneviève Guilbault, a brandi à l’Assemblée nationale un exemplaire du livre PLQ inc., sur lequel le visage de l’ancien chef libéral apparaît en gros plan. Parions sur un règlement à l’amiable.

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