[Critique] Habiles artifices | Le Devoir

Bien souvent Bach est le socle d’un programme de musique baroque. Il se voulait, dans ce concert des Violons du Roy imaginé par le pianiste Jeremy Denk, un aboutissement.

Bach n’étant pas un « commencement des choses », pour le faire aboutir après avoir balayé sept siècles de musique, il fallait forcément recourir à des transcriptions, puisque durant ces sept siècles, l’expression musicale était très largement vocale, notamment sacrée.

La contribution de Jeremy Denk au concert était donc celle du pianiste soliste et chef dans les Concertos BWV 1052 et 1053 de Bach, mais aussi celle du transcripteur pour cordes d’œuvres aussi inattendues que O virtus Sapientiae de Hildegard von Bingern (l’antienne étant « chantée » par le violon solo), un motet de William Byrd ou un madrigal harmoniquement déconcertant de Carlo Gesualdo.

Ces habiles artifices aboutissaient non pas à Bach mais, là aussi, à une sorte d’adaptation, puisqu’un concerto pour clavier de Bach joué sur un Steinway hyper rutilant est un concept ésotérique en soi.

Sobre et joyeux

Dans cette veine, toutefois, alors qu’on a entendu de vraies horreurs dans cette salle Bourgie (Mozart avec Bezuidenhout et Cohen), Jeremy Denk a fait au mieux, en se plaçant dos au public, couvercle enlevé alors que le réglage du piano semblait avoir enlevé un peu d’harmoniques aux aigus ou du moins du brillant et du volume au son.

Le jeu de Denk était ludique, très articulé, décanté, capable de varier instantanément l’intensité, entre des cadences très sonores et un fondu immédiat avec l’orchestre. C’est cet esprit de joie, de liberté et de partage que l’on retient car, indépendamment de la taille de l’instrument, il va dans le sens de l’esthétique d’un concerto de l’époque.

Ailleurs, Denk qui a présenté son programme en faisant l’effort de parler français, n’a pas fait semblant de jouer au chef d’orchestre et a laissé Pascale Giguère assumer le reste, y compris la Bataille de Biber, croquée avec tout l’humour requis. Les Violons en autogestion ont été remarquables et ont attentivement joué le jeu avec le pianiste dans Bach.

Belle soirée qui, par son succès mitigé d’audience, a prouvé, une fois de plus, que les temps sont durs pour les organisateurs de concerts.

Jeremy Denk, Bach et les mondes anciens

Bingen : O virtus Sapientiae*. Byrd : Haec Dies*. Monteverdi : Zefiro torna e di soavi accenti*. Bach : Concerto pour piano et cordes en mi, BWV 1053. Biber : Battalia à 10. Purcell : Fantasia à 4 n°2 en ré mineur, Z.739*. Dowland : Lachrimae Antiquae Novae (extrait de Lachrimae or Seven Tears)*. Gesualdo : Moro, lasso, al mio duolo*. Bach : Concerto pour piano et cordes en ré, BWV 1052. (* transcriptions pour orchestre à cordes). Les Violons du Roy, Pascale Giguère (violon solo), Jeremy Denk (piano et direction). Salle Bourgie, vendredi 18 mars 2022.

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