«The Batman»: quand la noirceur éblouit et fait mal

Jamais la différence entre l’Univers cinématographique Marvel (MCU) et les longs métrages mettant en scène des personnages de l’écurie DC n’a été aussi flagrante que dans leurs deux plus récentes apparitions au grand écran : le premier, représenté par le jouissif Spider-Man. Sans retour de Jon Watts, dont on sortait le sourire aux lèvres et le cœur à la fête ; le second, véhiculé par Le Batman (V. F. de The Batman) de Matt Reeves (Cloverfield, les deux dernières itérations de La planète des singes), dont on émerge écrasé par trois heures oppressantes et glauques.

Néanmoins, pour avoir un tel effet sur le spectateur, qui y repensera longtemps dans les heures et les jours qui suivront, il fallait que cette proposition brutale et frontale, sans concession ni lumière, placée sur les épaules de Robert Pattinson (celui de Tenet et de The Lighthouse, qui a pris du galon depuis les Twilight) fonctionne.

Et elle fonctionne. Même si le film est trop long (certaines scènes s’étirent tant qu’elles fleurent la complaisance). Même s’il est uniformément lourd et sombre (on commence dans la noirceur et on n’en décolle pas à part, légèrement, en toute fin). Et même si le scénario de Matt Reeves et Peter Craig n’est pas tout à fait à la hauteur de l’intelligence hors norme du maître ès énigmes qu’est le Sphinx (The Riddler en V. O.). Incarné par un Paul Dano inquiétant et « malaisant », le brillant Edward Nashton devient en effet, sous son masque et derrière ses lunettes, l’adversaire principal du Justicier masqué, lui-même doué d’un esprit de déduction formidable.

Dans ce Gotham City qui semble n’exister que de nuit et sous la pluie, dans une tour Wayne qui sent le désespoir plus que l’argent, dans une Batcave où la fine pointe technologique est encore à trouver, à bord d’une Batmobile qui tient plus du tank que de la fusée, rôde un Bruce Wayne/Batman qui n’est pas celui qu’ont incarné les Michael Keaton, Val Kilmer, George Clooney, Christian Bale et Ben Affleck. Pas encore.

Ce Bruce Wayne n’est pas un playboy. Et sous les traits du Vagabond (The Drifter en V. O.), puisque c’est ainsi qu’on le découvre au début du film, ce Batman n’est que vengeance. En cela, il se distingue à peine des criminels qu’il traque dans un Gotham City corrompu — de connivence avec le lieutenant James Gordon (Jeffrey Wright), qui croit en lui ; et secondé par Alfred Pennyworth (Andy Serkis, un habitué chez Matt Reeves).

Cet Alfred-là n’est pas, lui non plus, celui des productions précédentes. Oubliez le majordome stylé suavement joué par Michael Caine et pensez plutôt à son incarnation, par Sean Pertwee, dans la série Gotham. Ancien militaire, cet Alfred était le garde du corps de Thomas et Martha Wayne. Il n’a pu empêcher leur meurtre. Il est, depuis, un homme brisé par le sentiment d’avoir failli à son devoir. Et le jeune Bruce de grandir à ses côtés, sans amour ni figure paternelle. D’où le vigilante qu’il est devenu, sans contrôle sur ses pulsions violentes, œuvrant par soif de vengeance et non assoiffé de justice. L’espoir n’est pas au rendez-vous. Pour l’instant.

Batman avant Batman

The Batman raconte donc un Batman plus jeune, mais qui marche quand même dans les pas du mythe — contrairement à ce que Todd Phillips et Joaquin Phoenix ont fait avec Arthur Fleck dans Joker. Les deux films ont toutefois ceci en commun qu’ils ne sont pas liés à l’Univers cinématographique DC (DCEU) et explorent de façon autonome le parcours, entre autres émotionnels, des deux personnages.

Ici de marbre, là hors contrôle, parfois intense, souvent de glace, Robert Pattinson est parfait pour incarner cette version du « plus grand détective du monde ». Il est le diamant noir et brut d’une distribution de haut calibre admirablement dirigée. Que l’on songe à John Turturro en baron du crime Carmine Falcone ; à Peter Sarsgaard en procureur Gil Colson plein de duplicité ; à Colin Farrell méconnaissable en Oswald Cobblepot en voie de devenir le Pingouin (un destin qui devrait normalement être exploité dans une suite possible-et-probable) ; et à Zoë Kravitz en Selina Kyle qui se fait les griffes et éclora bientôt en Catwoman. Selina qui joue au chat et à la (chauve) souris avec Batman. Zoë Kravitz qui parvient à faire oublier Halle Berry dans le même rôle, qui se hisse au niveau d’Anne Hathaway (sans le pétillant, mais avec la même grâce), mais qui n’émerge pas encore de l’ombre de l’iconique Michelle Pfeiffer (est-ce seulement possible ?).

Enfin, il fallait y venir : comment l’œuvre se compare-t-elle à la trilogie de Christopher Nolan ? Elles ne se comparent pas. Elles se vivent autrement. On respirait chez Nolan. On étouffe chez Reeves, dont la vision est parfaitement servie par la photographie de Greig Fraser, la direction artistique de James Chinlund et jusque dans la trame sonore de Michael Giacchino. On avait l’impression d’être témoins d’un grand spectacle chez Nolan. On est aspiré dans le film chez Reeves : on se retrouve carrément dans la Batmobile qui rugit dans les rues de Gotham ; on reçoit le souffle de l’explosion qui détruit une partie de la ville. Deux manières de raconter un même univers, deux façons de réaliser. Celle de Matt Reeves secoue. Fait mal. Et à l’arrivée, bien que placés sous le même Batsignal, on n’a pas l’impression de se faire raconter encore une fois la même histoire (ou le syndrome de Spider-Man). Qui s’en plaindra ?

 

Le Batman (V. F. de The Batman)

★★★★

Drame d’aventures de Matt Reeves. Avec Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano, Jeffrey Wright, Andy Serkis, John Turturro, Peter Sarsgaard, Colin Farrell. États-Unis. 176 min. En salle dès le 3 mars.

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