L’accès à la musique comme service essentiel

À travers la province, les enseignants en musique témoignent de la charge émotionnelle et cognitive que ressentent nos jeunes. Dans le quotidien, Jérémie et Annabelle sont plus anxieux, plus fébriles, plus irritables. Ils sont sensibles à leur environnement et entendent aussi le discours ambiant ; on s’inquiète des taux de réussite, on constate les difficultés vécues quant à leur équilibre socioaffectif, mais est-ce qu’on ne néglige pas des solutions qui sont sous nos yeux ? Dans la classe de musique, pour chaque moment de pratique musicale qu’il nous a été possible d’avoir, nous voyons les élèves se déposer, s’illuminer. Ils reviennent naturellement au local de musique, s’investissent pour jouer ou chanter, parce que cela leur fait simplement le plus grand bien. Si les enseignants sur le terrain perçoivent évidemment la détresse de leurs élèves ainsi que les moyens de la soulager, la recherche confirme clairement leurs observations.

Ces derniers jours, l’Union des étudiants du Québec a rapporté que 52 % de ses membres avaient vécu de la détresse psychologique, que 7 % des jeunes avaient eu des idées suicidaires, alors que 3 % auraient fait une tentative de suicide. Les étudiants relèvent surtout une perte sur le plan social (62 %) et une grande solitude (72 %). Précédemment, des CISSS avaient rapporté que le taux de détresse chez les adolescents était passé de 35 à 70 % durant les six premiers mois de la crise sanitaire. Ces données sont cohérentes avec un récent rapport de l’INSPQ sur la détresse des 15-19 ans, durement frappés par les effets collatéraux des mesures d’urgence, mais aussi avec les données des autorités sanitaires belges (Sciensano.be).

La musique, ce n’est pas qu’une activité parascolaire pratiquée par simple caprice. C’est un ensemble d’occasions de partager une passion commune avec un groupe de jeunes, que ce soit dans le cadre scolaire ou dans une harmonie locale. L’effet d’entraînement est stimulant, et le réseau social se consolide. Certains jeunes ont sans doute pu compenser par les activités virtuelles, mais nous conviendrons que, d’une part, le contact humain et, d’autre part, la qualité sonore ne peuvent en aucun cas se rapprocher de ce qu’il se vit dans un local où les jeunes musiciens se rencontrent, échangent, jouent ensemble, améliorent l’efficience de leur groupe et se réconfortent mutuellement au besoin.

La musique comme médecine

Les chercheurs ont démontré récemment le lien entre le plaisir suscité par la musique et la libération de dopamine, un neurotransmetteur à l’origine du plaisir dans le cerveau. La recherche présente la musique comme une médecine douce, qui peut réduire la douleur et diminuer la réponse au stress, en modérant la sécrétion de cortisol, l’hormone du stress. La musique est un vecteur de cohésion sociale, car elle rassemble les gens à travers la musique d’ensemble, le chant choral et la danse, par exemple. Le langage n’offre pas de tels avantages, car il demande qu’un seul individu s’exprime à la fois. En ce sens, le langage est la musique de l’individu et la musique, le langage de l’humanité.

L’éducation musicale initie les jeunes à une variété d’expériences artistiques et esthétiques, qui stimulent leur potentiel créateur, mais sa contribution va bien plus loin. Apprendre la musique favorise le développement de fonctions cognitives de base et contribue à améliorer le rendement scolaire, notamment en lecture. La recherche a révélé que l’éducation musicale dynamise l’ensemble des opérations cognitives nécessaires à l’audition (Kraus et Chandrasekaran, 2010), à l’attention et à la mémoire. En comparaison, elle est de loin la discipline artistique dont les bénéfices sont les mieux documentés par la recherche, à la fois en éducation, en neurosciences et en psychologie.

Au-delà de l’écoute

Les chercheurs confirment cependant qu’il ne suffit pas d’écouter de la musique pour en retirer des bienfaits, il faut en faire. Les compétences que la musique développe devraient faire de cette matière une pierre angulaire du programme éducatif québécois, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays dont les systèmes d’éducation sont parmi les plus performants du monde, comme le Japon, la Suisse ou les Pays-Bas.

Au moment où cette cinquième vague commence à réduire les effets indésirables sur notre système de santé, il est grand temps que l’on prenne conscience de l’impact, parfois grave, d’avoir occulté les besoins de développement des enfants et des adolescents. Et si une sixième vague vient malheureusement nous préoccuper, les facteurs psychosociaux des jeunes devront être pris en considération pour qu’on s’assure qu’ils ne soient pas à nouveau lésés sur les plans personnel, social et scolaire.

Nous pensons que la pratique de la musique et son accès à travers l’éducation sont une réponse puissante aux difficultés vécues par un grand nombre de jeunes, et même de moins jeunes. Si certains puisent dans les sports un exutoire et une source de bien-être, très nombreux sont ceux pour qui cela passe par les cours de musique, la chorale ou la musique d’ensemble. Il est grand temps de soutenir l’accès à ce service essentiel.

* Les auteurs sont respectivement : professeur titulaire et directeur du programme de baccalauréat en enseignement de la musique à la Faculté de musique de l’Université Laval, titulaire de la Chaire du Canada en musique et apprentissages, administrateur au CA de la FAMEQ; docteur en neurosciences, psychopédagogue et éthicien; CM OQ MSRC, professeure titulaire au Département de psychologie de l’Université de Montréal, titulaire de la Chaire Casavant en neurocognition de la musique, membre du Laboratoire International de Recherche sur le Cerveau, la Musique et le Son (BRAMS), membre de l’Ordre du Canada, officière de l’Ordre national du Québec et lauréate du prix Armand-Frappier; enseignant en musique et président de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ); professeur et coordonnateur au Département de musique du Cégep de Sainte-Foy et directeur général de la FAMEQ.

Cosignataires : 

 

Gabrielle Ayotte, directrice générale de la Fédération des harmonies et orchestres symphoniques du Québec (FHOSQ) 

Nathalie Bédard-Morin, présidente de la FHOSQ 

Élisabeth Bouchard Bernier, enseignante en musique et secrétaire de la FAMEQ 

Luc Fortin, président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec 

Guillaume Fournier, enseignant en musique au Cégep de Saint-Laurent et administrateur au CA de la FAMEQ 

Berthier Francoeur, enseignant en musique et administrateur au CA de la FAMEQ 

Françoise Henri, présidente du CA du Conseil québécois de la musique 

Isabelle Héroux, PH.D., professeur titulaire de guitare et de pédagogie, Université du Québec à Montréal 

Judith Ladouceur, enseignante en musique et administratrice au CA de la FAMEQ 

Maurice Laforest, professeur de piano, responsable du comité des écoles de musique et de l’enseignement individualisé de la FAMEQ et administrateur au CA de la FAMEQ 

Ève Martin, directrice du Conservatoire de musique de Trois-Rivières et trésorière au CA de la FAMEQ 

David Peretz-Larochelle, enseignant en musique, administrateur au CA de la FAMEQ et président régional de la FAMEQ – Montréal 

Maxime Riopel, enseignant en musique, vice-président de la FAMEQ et président régional de la FAMEQ – Québec – Chaudière-Appalaches 

Karine Saucier, conseillère pédagogique, membre du Regroupement des répondants et conseillers en musique du Québec (RCRMQ – FAMEQ) et administratrice au CA de la FAMEQ 

Diane Tanguay, directrice générale d’Arts en mouvement Québec 

Dominic Trudel, directeur général de Conseil québécois de la musique 

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