L’Abitibi-Témiscamingue se mobilise pour attirer des soignants

Claude Migneault survit grâce à une valve mécanique aortique depuis près de vingt ans. Il doit prendre un anticoagulant pour éviter que des caillots ne se forment sur son dispositif au cœur ou ailleurs dans son corps. « J’ai besoin d’une prise de sang minimum une fois par mois, dit l’Abitibien de 70 ans. Je n’ai pas le choix. »

Depuis l’automne dernier, l’éleveur de bovins retraité doit parcourir 92 km pour obtenir ses prélèvements à l’hôpital de Rouyn-Noranda et regagner sa maison à Mont-Brun, un quartier rural très éloigné du centre-ville. Faute de personnel, le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue a fermé pour une durée indéterminée le point de service de Cléricy, situé près de chez lui.

Claude Migneault est à ce point « mécontent » qu’il a roulé jusqu’à Rouyn-Noranda pour rencontrer Le Devoir et dénoncer la situation. Il craint que cette décision du CISSS ne devienne permanente et que les aînés de Mont-Brun soient laissés pour compte.

« Il y a des personnes âgées qui retardent leur prise de sang ou leur changement de pansement parce qu’elles ont peur d’aller à l’hôpital et d’être contaminées [par la COVID-19] », soutient l’homme costaud aux yeux bleu ciel, très impliqué dans sa communauté.

Les diminutions ou ruptures de services de santé se multiplient en Abitibi-Témiscamingue depuis la pandémie de COVID-19. À la mi-octobre, le CISSS régional a fermé l’urgence du CLSC de Senneterre le soir et la nuit ainsi que la moitié des 44 lits de l’hôpital de La Sarre. Dans les deux villes, des citoyens sont sortis dans la rue pour protester contre ces décisions.

Quatre mois plus tard, ces mesures sont toujours en vigueur. « Ce n’est que temporaire, mais je ne suis pas capable d’en dire la durée », affirme la présidente-directrice générale du CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, Caroline Roy, qui s’est entretenue avec Le Devoir dans ses bureaux, à Rouyn-Noranda.

Le retour à la normale dépendra du recrutement de personnel, explique-t-elle. Il manque 250 infirmières en Abitibi-Témiscamingue. « On est une des régions au Québec qui utilisent le plus la main-d’œuvre indépendante », rappelle-t-elle.

L’Abitibi-Témiscamingue souffre d’une pénurie criante de soignants depuis des années. Un cancer qui s’est aggravé durant la pandémie de COVID-19 — en particulier lors de la cinquième vague — et qui nécessite des traitements agressifs, voire expérimentaux.

Si rien n’est fait, quelque 500 infirmières manqueront à l’appel en 2026, signale Caroline Roy. Elle souligne que le CISSS multiplie les initiatives de recrutement (voir encadré), mais qu’il n’y arrivera pas seul. « On en a recruté, des gens qui, finalement après quelques semaines, ont choisi soit de ne pas venir, soit de déménager parce qu’ils n’avaient pas trouvé de maison dans la région, dit la p.-d.g., originaire d’Amos. Ça n’a pas de bon sens, ça.  »

Le réseau de la santé, plaide-t-elle, « a besoin de la communauté ». Il pourrait même s’agir, selon elle, de l’une des clés pour « refonder le système ».

Reste que le gouvernement Legault pourrait en faire plus pour aider la région, estime le Syndicat interprofessionnel en soins de santé de l’Abitibi-Témiscamingue. En offrant, par exemple, des primes de « disparité régionale » aux soignants de l’Abitibi, comme il le fait déjà pour ceux du Témiscamingue et de l’Outaouais. « Ça prend des mesures salariales permanentes, fait valoir son président, Jean-Sébastien Blais, tuque rouge vissée sur la tête, masque au visage, en cette douce journée de février. Une fois établis, les gens ne voudront plus partir. »

Grande séduction

Les communautés se mobilisent pour attirer des soignants. Sylvain Trudel a participé en octobre à la marche de protestation pour défendre l’hôpital de La Sarre — la deuxième manifestation de sa vie. Il a pu rencontrer la direction du CISSS. « On a bien réalisé que le CISSS, ça peut faire beaucoup de choses, mais ça ne clone pas des infirmières », dit, l’air pragmatique avec ses petites lunettes rondes argentées, le président d’une firme de comptables agréés.

En Abitibi-Ouest, 40 % des effectifs infirmiers sont manquants. Une crise majeure, difficile à juguler en région éloignée. La Sarre, la ville la plus peuplée avec 7300 habitants, se trouve au « bout du monde », admet Sylvain Trudel. « Le chemin de fer arrête là ! » dit l’homme de 60 ans, rencontré au bord du lac enneigé Osisko derrière l’hôpital de Rouyn-Noranda.

Pour atteindre La Sarre depuis les Laurentides, il faut traverser la magnifique réserve faunique La Vérendrye, une succession infinie de forêts et de lacs, puis mettre le cap sur Rouyn-Noranda ou Amos et, une fois l’une de ces destinations atteinte, rouler une heure supplémentaire à l’ombre des épinettes.

Avec des concitoyens, Sylvain Trudel a mis sur pied en décembre un comité baptisé « La Grande Séduction, c’est nous ! ». L’objectif ? Récolter 500 000 $ pour attirer des soignants en Abitibi-Ouest grâce à des bourses d’études et à des primes d’installation.

« Quand on a [officiellement] lancé la campagne de financement le 27 janvier, on avait déjà 611 000 $ d’amassés ! » dit le président du comité. Le chiffrier affiche maintenant 685 000 $, et l’objectif a été rehaussé à 750 000 $. Le comité a déjà dans sa mire une finissante en soins infirmiers qui effectue un stage à La Sarre. « On lui paye deux mois de loyer, précise Sylvain Trudel. On lui a attribué un parrain. » Dans l’espoir qu’elle adoptera leur « trésor caché ».

La Ville de Senneterre, elle, se bat pour rouvrir son urgence. Sa mairesse, Nathalie-Ann Pelchat, demeure convaincue que la mort d’un homme, lors des heures de fermeture du service, aurait pu être évitée, ce que nie le CISSS. Une enquête du coroner est en cours.

Grâce à un programme d’incitatifs financiers, la Ville a recruté deux infirmières et une infirmière auxiliaire, qui ont récemment été embauchées par le CISSS. Elles recevront de la Ville jusqu’à 20 000 $ en bons d’achat pouvant être dépensés dans tous les commerces locaux.

« Avec ces trois infirmières supplémentaires, j’ai dit à la p.-d.g. du CISSS, “vous n’avez plus aucune raison de dire que vous ne pouvez plus rouvrir l’urgence 24/7” », indique Nathalie-Ann Pelchat, précisant qu’un seul poste reste à pourvoir pour que le personnel soit au complet.

Le CISSS répond qu’il évaluera la situation à la mi-février lorsque la cinquième vague s’estompera.

La pire vague

Il y a à peine deux semaines, 44 patients atteints de la COVID-19 étaient hospitalisés dans les hôpitaux de la région. Un record. Au plus fort de la crise, 250 employés étaient absents. La situation s’est améliorée depuis.

« Nous sommes au niveau 2. » À l’hôpital de Rouyn-Noranda, un état des lieux est diffusé chaque matin à l’interphone. « Le niveau 2, ça veut dire qu’il n’y a pas de lit libre aux étages, mais qu’il y a peu d’admissions à l’urgence, explique une gestionnaire au Devoir, qui a visité le centre hospitalier. On est somme toute contents parce qu’on a souvent été au niveau 3. »

L’autogestion des horaires a aidé l’hôpital de Rouyn-Noranda lors de la crise. Depuis environ un an et demi, la cheffe des urgences et des soins intensifs organise les horaires des infirmières en fonction des disponibilités de chacune.

Grâce à cela, Mylène Lefebvre a récemment accepté de rehausser son poste à temps partiel en temps complet. La mère de trois enfants, en garde partagée, avait d’abord décliné l’offre, malgré la prime offerte par Québec. « Me priver de mes enfants ne valait pas 18 000 $ », dit l’infirmière à l’urgence. Sa cheffe est parvenue à lui offrir des quarts de 8 heures et de 12 heures, selon ses semaines de garde.

Après deux ans de pandémie, les soignants sont néanmoins fatigués. « Ce qui fait que le réseau a tenu, c’est que les gens sur le terrain ont embarqué, souligne, les yeux embués, la Dre Nancy Brisson, directrice adjointe des services professionnels au CISSS. Si ces filles-là et ces gars-là ne l’avaient pas fait, on n’aurait pas eu de soins en Abitibi-Témiscamingue. » Ils méritent bien plus que des « tapes » dans le dos, dit-elle.

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