La diaspora ukrainienne du Québec au chevet de son pays envahi

Le spectre de la guerre fait frissonner la diaspora ukrainienne du Québec. À Montréal, elle se mobilisait, jeudi, pour crier son effroi et son indignation face à l’agression russe. À Lévis, le bruit des bottes enterrait la mélodie d’une pianiste, inquiète pour ses proches au front.

La musique résonne toujours chez Anna Spirina et Vadym Khrystyuk. L’été, quand le soleil brille bien haut au-dessus de Lévis, la pianiste s’assied devant son instrument, ouvre grand la fenêtre du salon, et laisse ses notes envahir la rue, au grand plaisir des passants.

Jeudi, le silence a envahi la maison. Depuis quelques jours, les doigts d’Anna ne touchent plus au clavier du piano, trop occupés à s’agiter sur celui du téléphone.

« Nous sommes toujours sur les réseaux sociaux à nous demander comment nous pouvons aider », raconte Vadym. Lui et sa femme ont encore de la famille en Ukraine, là où les bombes sont audibles. « On se sent impuissants. Même envoyer de l’argent, c’est impossible. Les banques sont fermées, les files sont interminables aux guichets. »

Mercredi soir, Anna et Vadym ont regardé les premiers missiles tomber sur le pays de leur enfance. Ils ont rapidement pris conscience que leurs proches, là-bas, dormaient, inconscients que la guerre les attendait au réveil.

Le couple a traversé une nuit courte. La mère d’Anna, 77 ans, a vu la sienne interrompue par le bruit des bombes qui explosaient près de Poltava, à une heure de Kharkiv.

« La musique, c’est la seule chose qui m’a aidée à trouver mon réconfort à mon arrivée ici, il y a 12 ans, explique la pianiste. La musique, ça fait, dans toutes circonstances, du bien à l’âme. »

L’ombre de la guerre passe devant ses yeux. « Je n’ai plus le cœur à la musique. »

L’histoire d’Anna illustre le paradoxe de l’Ukraine. Élevée par un père russophone, elle a grandi dans une maison où les portraits de grands poètes russes étaient affichés au mur. Elle a fréquenté l’école russe, elle a appris le piano en russe.

Depuis la révolution du Maïdan et la conquête de la Crimée par Moscou, en 2014, elle se fait toutefois un point d’honneur de ne plus utiliser la langue de Tolstoï, Dostoïevski et Pouchkine qui l’a bercée. « Je me sens plus ukrainienne que russe. Même si je porte un nom russe. »

« On ne veut pas faire la guerre »

À Montréal, les pensées d’Angel Zytynsky accompagnaient les premiers soldats tués en défendant leur patrie.

« Poutine se préparait ; ça allait arriver. Et aujourd’hui, c’est le jour. Des soldats sont morts et c’est très triste », soupire celle qui gère depuis 36 ans le marché ukrainien Zytynsky’s Deli, dans Rosemont–La Petite-Patrie. Au beau milieu de l’appel du Devoir, jeudi matin, elle s’arrête un instant. Une cliente est entrée dans son commerce pour lui apporter son soutien. « Elle dit qu’elle prie pour nous », explique la commerçante, qui a plusieurs proches en Ukraine, la voix enrouée par la tristesse.

« L’Ukraine est un bon pays ; c’est un bon peuple. On ne veut pas faire la guerre », poursuit la dame, qui déplore le refus du président russe de se montrer ouvert à une solution diplomatique à ce conflit. « C’est mieux de parler, mais il ne veut pas écouter . »

La crise a des échos jusque dans la région de la métropole québécoise, qui compte plus de 35 000 résidents ayant des origines ukrainiennes. Le Canada accueille la troisième plus grande population ukrainienne dans le monde, après l’Ukraine et la Russie, soit plus de 1,3 million de personnes, selon le recensement canadien de 2016.

« On est très perturbés, troublés et touchés. L’Ukraine est envahie par un homme fou (mad man). C’est terrible », laisse tomber le père Ihor Kutash, de l’Église orthodoxe ukrainienne à Montréal, alors qu’il s’apprêtait à organiser une prière en soutien à son peuple.

Un « choc »

Michael Forian-Zytynsky et ses amis d’origine ukrainienne gardaient espoir que la crise se dénoue par la voie diplomatique. L’invasion militaire a eu l’effet d’un « choc », relate-t-il.

« C’est sûr que ça nous préoccupe et qu’on est triste de constater qu’en 2022, un pays peut ouvertement, aux yeux du monde, envahir un pays indépendant de façon éhontée », souligne également l’avocat et consul permanent de l’Ukraine à Montréal, Eugen Czolij.

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ne prévoyait pas, jeudi en fin de journée, déployer des troupes alliées pour protéger l’Ukraine de la menace russe.

« Si jamais l’Ukraine devait tomber, c’est clair que la Russie irait plus loin, donc c’est évident que c’est dans l’intérêt de l’Occident actuellement de contrer cette invasion, estime Eugen Czolij. L’agression, elle est vicieuse et la situation va se décider maintenant. C’est le temps d’agir. »

Solidarité

Une manifestation s’est tenue devant l’Université McGill, jeudi après-midi, pour exprimer l’indignation de la communauté canado-ukrainienne. Tetyana Tsomko y était. Cette Ukrainienne d’origine, qui a immigré avec son mari et sa fille il y a 12 ans, se fait un sang d’encre pour ses proches restés en Ukraine.

« On ressent beaucoup d’insécurité. Le fait qu’on ne sait pas à quoi s’attendre, ça déstabilise beaucoup », note la trentenaire qui travaille à l’Université de Montréal. Elle dit ressentir également beaucoup de tristesse, maintenant que l’espoir d’éviter la guerre est anéanti. « J’étais toujours restée optimiste. Je me disais que Poutine allait faire quelques erreurs et qu’il allait être arrêté. Aujourd’hui, on a compris que ce n’est pas le cas. »

Mme Tsomko, qui s’implique dans le Festival ukrainien de Montréal, soutient que contrairement à elle, qui vit l’impuissance d’être aussi loin, ses proches semblent avoir un moral d’acier. « Je peux vous dire qu’eux, ils sont dans un meilleur état émotif que nous. Ici, on s’inquiète vraiment beaucoup, mais eux, ils sont prêts à faire ce qu’il faut pour le pays. »

Une autre manifestation de solidarité aura lieu dimanche à 14 h, à la Place du Canada. « C’est un mouvement de solidarité qu’on ressent non seulement dans la communauté ukrainienne de Montréal, mais un peu partout dans le monde, relève le consul, Eugen Czolij. Ce n’est pas tellement un sentiment d’impuissance, mais plus un sentiment de mobilisation . »

Avec Lisa-Marie Gervais et Zacharie Goudreault

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