Taux de chômage: retour au plancher record prépandémique

Le taux de chômage est revenu à son plancher record d’avant la pandémie au Québec.

Une création d’emplois plus importante qu’attendu au Canada et au Québec a réduit d’un coup le taux de chômage québécois de 5,6 % à 4,5 % au mois de novembre, a rapporté vendredi Statistique Canada. C’est le niveau le plus bas jamais atteint depuis aussi loin que les statistiques officielles permettent de remonter, soit 1976. C’est aussi exactement au même point où en était le Québec en février 2020 juste avant que la pandémie de COVID-19 ne lui tombe dessus et ne fasse exploser le taux de chômage à 17,6 % deux mois plus tard.

Cette solide performance tient notamment à la création nette de 45 500 emplois à temps partiel après un mois d’octobre complètement à plat (+300), ainsi qu’à un léger recul de la population active (-5600), a aussi noté l’Institut de la statistique du Québec. Le Québec compte désormais un total d’emplois (4,36 millions) tout juste supérieur à celui d’avant la crise.

L’ensemble du marché de l’emploi au Canada n’a pas été en reste. L’ajout de 154 000 emplois en novembre porte son total (19,3 millions) un peu plus haut encore que le niveau qu’il affichait avant la pandémie, et a contribué à réduire son taux de chômage de 6,7 % à 6 %, à quelques dixièmes seulement du niveau qu’il affichait en février 2020 (5,7 %) avant qu’il ne bondisse ensuite à 13,7 %.

L’effet de la PCRE ?

Les analystes ont admis être surpris par la force des résultats de l’enquête menée du 7 au 13 novembre et avaient du mal à l’expliquer.

Plusieurs ont émis l’hypothèse que cela pourrait être, entre autres, le résultat de l’abolition, le 23 octobre, de programmes d’aide financière aux travailleurs touchés par la crise comme la prestation canadienne de relance économique (PCRE).

L’économiste au Mouvement Desjardins Joëlle Noreau s’est gardée de les suivre sur ce terrain. « On ne sait pas. Les gens chez Statistique Canada, qui ont une connaissance fine de toutes ces données, n’en parlent nulle part. Je crois qu’il est plus prudent d’en faire autant », a-t-elle expliqué en entretien téléphonique au Devoir avant d’ajouter que ces chiffres présentent toujours un certain degré de volatilité et qu’il ne faudrait pas s’étonner qu’ils reculent un peu prochainement.

Chose certaine, les données de vendredi contenaient plusieurs bonnes nouvelles. Particulièrement touchées par la crise, les femmes de 25 à 54 ans affichent désormais un taux d’emploi record, alors que les immigrants récents font beaucoup mieux qu’il y a deux ans. Le chômage de longue durée est également en recul, tout comme le taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre qui additionne les chômeurs, les personnes qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles et les gens qui auraient voulu un emploi, mais qui n’en ont pas cherché. Ce taux était de 11,3 % avant la crise, est monté à 36,7 % en avril 2020 et n’était plus que de 12,4 % en novembre dernier.

Certains secteurs économiques continuent toutefois d’éprouver un redécollage plus difficile. C’est le cas notamment de celui de l’hébergement et de la restauration, où l’emploi est toujours inférieur de 16,5 % à ce qu’il était avant la crise, mais en grande partie parce qu’on ne parvient pas à y pourvoir les postes vacants.

Salaires et inflation

Tout cela ne va pas, en effet, sans exercer une pression croissante sur les employeurs en quête de main-d’œuvre. À preuve, les salaires horaires qui ont augmenté en moyenne de 5,2 % en deux ans au Canada, lorsqu’on neutralise l’effet de la crise sur la composition de la main-d’œuvre. La hausse de rémunération viendrait donc compenser l’augmentation du coût de la vie qui s’élevait, au mois d’octobre, à 5,1 % sur deux ans, note Statistique Canada.

Tous les travailleurs n’ont cependant pas droit aux mêmes augmentations, observe l’agence. Cherchant désespérément à grossir leurs effectifs, les employeurs ont eu tendance à accorder à leurs nouveaux employés des augmentations une fois et demie supérieures à celles auxquelles ont eu droit leurs autres employés. Dans le domaine de la santé et de l’assistance sociale, cela a même été dix fois plus.

De plus en plus d’employeurs semblent également réévaluer à la baisse leurs exigences de scolarité pour certains postes, quitte à offrir par la suite eux-mêmes de la formation compensatoire.

Hausse de taux à venir

Toute cette belle vigueur du marché de l’emploi, de l’inflation et de l’économie ne manquera pas de conforter la Banque du Canada dans son intention de réduire le degré de détente de sa politique monétaire, ont observé les analystes.

La première hausse de son taux directeur, actuellement à son niveau plancher de 0,25 %, ne viendra probablement pas dès sa réunion prévue la semaine prochaine. Après tout, il faudra quand même tenir compte de l’impact des inondations en Colombie-Britannique et du surcroît d’incertitude apporté par le nouveau variant Omicron.

La hausse de ses taux pourrait toutefois arriver plus tôt qu’en avril, comme la plupart des spécialistes le prédisaient jusque-là, a estimé Benjamin Reitzes de la Banque de Montréal dans une brève analyse. Peut-être même dès le mois de janvier, a suggéré son confrère de la Banque TD, Sri Thanabalasingam.

Chiffres décevants aux États-Unis

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