L’héritier à la brosse à dents

À Bridgetown, capitale de la Barbade, Mme Sandra Mason a été sacrée, ces jours derniers, première présidente d’une nouvelle république. Les liens avec la couronne britannique sont officiellement rompus. Pour célébrer l’accession du pays à ce nouveau statut, un représentant de la monarchie, le prince Charles, duc de Cornouailles, a été invité à présenter ses vœux de succès à ce nouveau pouvoir qui, à plusieurs égards, mime l’ancien.

C’est la mère de Charles de Galles, la reine Élisabeth II, qui perd un de ses chapeaux avec la Barbade. Cependant, elle demeure reine du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie, des Bahamas, du Belize, de la Jamaïque, de la Nouvelle-Zélande ainsi que de quelques autres contrées, quatorze en tout qu’elle peut continuer de contempler depuis son château de Buckingham.

Depuis le début de son règne, en 1952, Élisabeth II aura été chef d’État de pas moins de trente-deux royaumes différents. Une bagatelle.

À la Barbade, le prince héritier a prononcé un discours en sucre. Il y a regretté, le cœur sur la main, les atrocités de l’esclavage. Ce pays des Caraïbes a été une plaque tournante de l’esclavagisme, sous le regard bienveillant d’un pouvoir colonial, dont celui du prince Charles s’avère un héritier. Que valent pareilles excuses ?

Robert LaPalme, caricaturiste au Devoir, avait un jour injustement malmené je ne sais qui grâce à sa plume acérée trempée dans l’encre de Chine. Fier comme pas un, il refusait de s’excuser. Le directeur du Devoir, Gérard Fillion, peu diplomate pourtant, avait eu devant lui une réflexion qui avait conduit LaPalme à s’excuser en souriant. « Supposons, M. LaPalme, que vous marchez sur la rue, tout en portant à l’épaule une longue échelle », lui dit-il. « Vous suivez quelqu’un que vous n’estimez pas spécialement. En vous retournant soudain, le bout de l’échelle fait tomber sa tête. Vous voyez cette tête rouler par terre. Après cela, n’est-ce pas, vous pouvez bien vous excuser… »

À la Barbade, dans ces réjouissances républicaines, il n’a pas été question de l’esclavage de l’argent. Plusieurs anciens pays du Commonwealth, dans les Caraïbes comme ailleurs, se trouvent pourtant, comme la Barbade, nantis du titre de paradis fiscaux, un titre bien peu reluisant pour l’avenir de l’humanité. Cela fera peut-être l’objet d’excuses et de séances d’autocontrition d’ici deux siècles ? À l’intérieur des crânes, le ménage des toiles d’araignées ne se fait toujours qu’à retardement. En attendant, les comptables professionnels agréés du Canada continuent de soutenir « les détenteurs du titre canadien de CPA qui travaillent ou résident à la Barbade et dans les Caraïbes orientales », affirme le site de l’organisation.

À cette cérémonie républicaine se trouvait Rihanna. La chanteuse multimillionnaire a pu prendre connaissance des vœux lancés à la volée par la reine Élisabeth II, ses « vœux les plus chaleureux », « le bonheur, la paix et la prospérité pour l’avenir ». La Barbade continue en tout cas, républicaine ou pas, d’occuper une place en or dans le monde des paradis fiscaux, un des héritages les plus évidents laissés par les puissances impérialistes et leurs gouvernants. En 2018, dans la foulée des Paradise Papers, il avait été montré que la fortune royale avait profité de pareilles échappatoires fiscales.

Pendant ce temps, le prince Charles, 73 ans, continue de se préparer tout doucement à remplacer sa mère. À 95 ans, la santé d’Élisabeth II frissonne désormais un peu.

En attendant que la tête de Charles fleurisse sur le papier-monnaie et les timbres, l’héritier bénéficie de toutes les attentions. Cet homme est déjà si occupé par ses indispensables fonctions de monarque en devenir qu’il faut bien veiller à l’aider, ne serait-ce qu’un peu, à vivre mieux. Aussi un valet, rapporte la presse spécialisée, va-t-il jusqu’à s’occuper de déposer le dentifrice sur sa brosse à dents. Avoir quelqu’un qui, chaque jour, après chaque repas, vous prépare votre brosse à dents, voilà sans doute le summum de cette ironie biologique qui conduit un prince à attendre plus de soixante-dix ans pour devenir roi. La brosse à dents devient ainsi l’équivalent de la brosse à reluire, non pas tant pour lustrer la nacre, mais une cavité buccale réduite somme toute au silence.

L’ancien majordome du prince, Paul Burrell, indique que les pyjamas du souverain en devenir sont, en attendant, toujours fraîchement pressés avant son dodo bien mérité. Il en va de même apparemment pour les lacets de ses chaussures. Êtes-vous de ceux qui, comme lui, sont sensibles aux désagréments causés par des lacets de chaussures qui ne sont pas bien repassés ?

Le futur roi du Canada n’est pas le seul à exiger, lors de ses déplacements à l’étranger, que son lit orthopédique particulier le suive comme un chien de poche. Le roi du jazz, Keith Jarrett, refuse lui aussi de se déplacer sans que son matelas l’accompagne. Chez les gens riches et célèbres, il semble que l’on connaisse partout la petite musique du grand confort.

Selon le journal Le Parisien, le futur souverain exige aussi que son propre siège de toilette et des rouleaux de papier de sa marque préférée le suivent. Cela me semble un peu gros. Vrai ou faux ? Tout est possible, comme dit l’adage, quand on est habitué à péter plus haut que le trou.

Reste qu’être prince, c’est être poussé à répondre à un instinct zoologique de la dynastie et de sa reproduction, tout en feignant de ne pas s’envisager pour une simple redondance. C’est être riche comme Crésus, au point d’être recouvert d’une respectabilité capable d’en venir à faire oublier la brutalité des origines désormais sédimentées de son pouvoir.

Monarchie ou république, chaque régime peut être, comme de raison, une prison à sa façon. Et aspirer à être libre ne suffit pas à ébranler une prison. La question de fond reste donc de savoir si, dans l’un ou l’autre régime, nous avons l’histoire que nous méritons.

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