Le G20 arrive à la COP26 avec un accord qui ne convainc qu’à moitié

La 26e conférence des Nations unies sur le climat, la COP26, s’est ouverte officiellement dimanche à Glasgow, en Écosse. Les dirigeants des pays du G20 ne sont pas arrivés les mains vides, s’étant entendus sur des engagements à Rome, notamment celui de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Si cette prise de position est vue comme un signal positif, l’accord en laisse toutefois plusieurs sur leur faim.

« C’est décevant parce que le G20 aurait pu servir de tremplin vers la COP26. Mais nous avons plutôt vu que les chefs d’État ont trébuché, lance Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada. Le défi à Glasgow sera encore plus grand pour que cette rencontre soit le succès dont l’humanité a besoin au regard de la crise climatique. »

La déclaration finale du G20 va légèrement au-delà de l’Accord de Paris sur l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C. Celui-ci s’est aussi engagé à cesser le financement de nouvelles usines de charbon à l’étranger, sans s’attaquer aux productions nationales. L’échéance pour atteindre la carboneutralité, elle, est demeurée à « la moitié du siècle », ce qui, pour certains dirigeants, peut s’étendre jusqu’en 2060.

« Oui, il faut mettre fin au charbon, mais pas seulement au niveau international, souligne Émile Boisseau-Bouvier, analyste en politiques climatiques et transition écologique chez Équiterre. Il faut que chaque pays se dote de cibles pour cesser de l’utiliser rapidement, et que les dirigeants comprennent l’ampleur de la crise. »

Il accuse les dirigeants du G20 de s’être engagés à mettre en place des « demi-mesures ». « C’est bien beau, d’avoir des objectifs, mais il faut que les actions suivent et que les plans nous mènent à 1,5 °C. Les plans des différents pays nous mènent présentement à un réchauffement de 2,7 °C », dit-il.

Cette cible commune de 1,5 °C envoie néanmoins un « signal positif » et est « symboliquement importante », pense Maya Jegen, professeure en science politique à l’Université du Québec à Montréal. « Les pays disent qu’ils suivent le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] et qu’ils sont conscients qu’il y a une urgence, qu’il faut faire quelque chose », dit-elle, en ajoutant que les groupes écologistes ont raison de dire que les pays doivent mettre en œuvre des politiques pour y arriver. « Actuellement, ça reste vague », souligne-t-elle.

Elle ajoute que l’enjeu du charbon sera matière à débat à la COP26, car des pays comme l’Inde et la Chine en sont très dépendants, ce qui complexifie les choses. « La transition est compliquée, et ce sera difficile de trouver un accord à Glasgow pour sortir du charbon », estime-t-elle. Si les énergies renouvelables sont devenues concurrentielles en matière de prix, changer les systèmes énergétiques prend du temps, un luxe que l’urgence actuelle ne permet pas nécessairement d’avoir.

Pas assez ambitieux

Le premier ministre Justin Trudeau a de son côté déclaré qu’il aurait souhaité que la rencontre du G20 aboutisse à un accord plus ambitieux. « Il ne fait aucun doute que le Canada et un certain nombre d’autres pays auraient aimé un langage et des engagements plus forts dans la lutte contre les changements climatiques », a-t-il dit lors de sa conférence de presse de clôture.

« C’est le genre de choses sur lesquelles le Canada va continuer de faire pression, aux côtés de tous nos collègues, a-t-il ajouté. Le Canada a doublé ses engagements au niveau des investissements pour le climat, mais nous devons en faire plus, et nous sommes là pour pousser cet enjeu-là demain et dans les jours à venir, à la COP26. »

Justin Trudeau a cependant jugé que la rencontre a quand même permis de faire des « progrès significatifs », puisque les membres du G20 ont reconnu que les pays doivent viser à maintenir le réchauffement climatique à 1,5 °C et éliminer progressivement l’utilisation du charbon et du méthane.

Patrick Bonin mentionne toutefois que, malgré cette déception affichée du premier ministre, le Canada doit en faire plus pour contrer les changements climatiques. « Le Canada est le pire pays du G20 entre 2018 et 2020 en matière de financement des combustibles fossiles, qui s’élève à 14 milliards par année », rappelle-t-il.

Le Canada a néanmoins reçu des commentaires positifs sur ses politiques climatiques de la part de la chancelière allemande, Angela Merkel, et de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Selon des responsables canadiens, Mme Merkel a déclaré à M. Trudeau qu’il était audacieux d’introduire une taxe carbone en tant que pays producteur de pétrole.

Le G20 a également réaffirmé les engagements passés des pays riches à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter à la crise climatique, et s’est engagé à augmenter ce financement. Quelque 45 milliards de dollars ont déjà été réaffectés par les différents pays sur une base volontaire.

Les dirigeants des quatre coins du globe sont maintenant appelés à participer à la COP26. Cette rencontre est « le dernier et le meilleur espoir » de parvenir aux cibles fixées dans l’Accord de Paris, selon son président, Alok Sharma.

Avec l’Agence France-Presse

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