Des pistes de solution pour améliorer le système de santé

J’ai 852 patients inscrits, et sur mon horaire de travail en clinique GMF, je n’y suis pas à temps plein. Sur papier, je suis un de ces médecins qui n’en font pas assez, et pourtant…

Ma semaine se partage en garde d’obstétrique de 24 heures, en clinique sans rendez-vous, en Centre de pédiatrie sociale et en suivi de grossesses. Toutes ces tâches m’amènent à voir des patients qui ne sont pas inscrits à mon nom. De plus, les tâches cléricales se sont multipliées dans les dernières années et se font souvent le lendemain d’une nuit de garde, le midi ou tard en soirée. Étant cheffe de département, j’ai une panoplie de tâches administratives à réaliser et j’enseigne à des médecins en formation.

Après toutes ces tâches, il me reste en moyenne deux demi-journées par semaine pour voir mes 852 patients inscrits, dont plusieurs ont de lourdes problématiques de santé physique ou mentale. Je n’y arrive tout simplement pas. Le nombre d’heures de travail par semaine, je ne les compte même plus, mais je sais que le nombre d’heures passées à voir des patients inscrits à mon nom ne compte que pour une infime partie de mon travail. Et la réalité, c’est que, comme mes collègues, je ne suis pas qu’un médecin.

Les propos du gouvernement

J’ai aussi une vie personnelle, un mari qui travaille à temps plein et trois jeunes enfants, dont certains ont des besoins particuliers. Et mon histoire n’est pas une exception par rapport à celles de mes collègues médecins. Est-ce que tous mes collègues travaillent autant ? Non. Mais ceux qui travaillent réellement à temps partiel sont une minorité. Dans toutes les professions, il y a des gens qui, pour des raisons personnelles ou familiales, ne peuvent pas avoir un emploi à temps plein. C’est une solution préférable à un arrêt de travail.

Est-ce que les propos récents du gouvernement nous donnent envie de pleurer ou même de démissionner ? Certainement ! Est-ce que cela veut dire que nous n’avons pas à cœur le sort des centaines de milliers de Québécois sans médecins de famille, absolument pas !

L’accessibilité à un médecin de famille est d’ailleurs un des enjeux les plus discutés dans nos réunions administratives à tous les niveaux. Plusieurs initiatives locales ont été tentées ou sont actuellement en réflexion pour améliorer l’accès. Le constat est qu’il est simpliste de penser que l’inscription des patients auprès d’un médecin de famille est la seule et unique solution. L’inscription sans accès à un médecin surchargé ne se solde pas en des soins acceptables. La situation est beaucoup plus complexe que cela et repose sur les défaillances d’un système et non sur le seul travail des médecins de famille.

Les médecins de famille québécois font une forte proportion de leurs tâches en milieux hospitaliers ou en deuxième ligne, ce qui biaise les comparaisons avec d’autres systèmes.

Heureusement, plusieurs lois des dernières années ont élargi les compétences de certains professionnels et la réforme de la rémunération des médecins de famille à la capitation encouragerait certainement la multidisciplinarité.

Par contre, la situation de pénurie de main-d’œuvre, où nous arrivons difficilement à pourvoir les postes de travailleurs sociaux, infirmières et autres professionnels du réseau actuel, est un frein à ce travail multidisciplinaire.

Peut-être devrait-on se questionner à nouveau sur le rôle central du médecin de famille québécois, qui devient le goulot d’étranglement pour de multiples services qui ne sont pas des soins de santé.

Par exemple, les employeurs et assureurs demandent fréquemment des formulaires qui sont médicalement non requis pour de courtes absences maladie, des attestations d’aptitude, d’admissibilité à des assurances ou pour avoir des remboursements de frais. Les formulaires gouvernementaux de crédits d’impôt pour handicapés, de la Régie des rentes, d’Emploi Québec, de vignettes de stationnement, de CNESST et de SAAQ sont également une lourde tâche administrative et ne devraient souvent pas requérir l’expertise d’un médecin. Pour voir un médecin spécialiste ou un professionnel public autre, le patient doit absolument consulter son médecin de famille, qui doit en fait la demande.

Pire encore, pour revoir ce spécialiste professionnel après un certain temps, le patient doit revoir son médecin de famille pour refaire une demande.

Les services d’optométrie, de physiothérapie, d’orthophonie, de podiatrie, de dentisterie et autres sont malheureusement pour la plupart privés, et les patients vont souvent consulter le médecin de famille qui est gratuit pour un problème qui pourtant relèverait d’un de ces professionnels.

Il est clair qu’il y a un problème d’accessibilité aux médecins de famille au Québec, et l’insatisfaction des Québécois face à leurs soins de santé est légitime. Par contre, réduire ce problème à des enjeux de rémunération ou à un nombre fixe d’inscriptions nous semble déconnecté de la réalité du terrain.

Il existe d’autres pistes de solution, comme simplifier la pratique du médecin de famille pour qu’il se concentre sur ce qu’il est formé à faire et être à l’écoute des initiatives locales qui répondent le mieux aux besoins de chaque région.

Cela permettrait non seulement d’augmenter l’accessibilité aux soins pour les Québécois, mais favoriserait l’adhésion des médecins et contribuerait à freiner leur exode vers d’autres spécialités. Devant la complexité de cet enjeu, les différents acteurs ont bien plus à gagner à adopter une position d’écoute et de collaboration et, s’il vous plaît, ne vous fiez pas à de simples statistiques sur papier.

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