​Rencontres internationales du documentaire de Montréal: «Seuls» en route pour l’avenir

Dans ses bagages, lorsqu’elle a traversé la frontière québécoise au chemin Roxham, Patricia avait 17 ans de vie en Ouganda, 30 $ dans ses poches, quelques vêtements, un passeport et un carnet. C’est sur cet héritage qu’elle tente de rebâtir, seule, sa nouvelle vie au Québec, après avoir fui son pays. Là-bas, ses parents ont jugé qu’elle était en danger, après que quelqu’un eût dénoncé sa bisexualité aux autorités.

Patricia est l’une des trois personnes que l’on suit dans le long métrage documentaire Seuls, de Paul Tom, qui prend l’affiche cette semaine, dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Comme Patricia, Alain et Afshin sont arrivés au pays sans parents alors qu’ils étaient enfants. Et c’est aussi seuls qu’ils ont entrepris de bâtir leur vie ici.

Leur cas n’est d’ailleurs pas isolé. On dit que quelque 400 enfants arrivent au pays chaque année sans accompagnement, fuyant des pays où ils sont menacés.

À hauteur d’enfant

« Souvent, les parents n’ont pas l’argent pour faire déplacer toute la famille », raconte Paul Tom en entrevue. Le réalisateur, qui est aussi cameraman et monteur, a été approché par les deux scénaristes Julie Boisvert et Karine Dubois pour réaliser ce film. Il faut dire que l’expérience de l’immigration lui est familière, lui qui est né dans un camp de réfugiés en Thaïlande de parents cambodgiens. L’immigration à hauteur d’enfant était d’ailleurs au cœur d’un autre de ses documentaires, Bagages.

C’est pour éviter à leur fils Afshin, 14 ans, de faire la guerre contre l’Irak que ses parents ont décidé de l’envoyer au Canada. Et le récit de son périple depuis l’Iran jusqu’ici est digne d’un thriller. Il raconte par exemple comment, interpellé aux frontières de la Turquie, il est finalement sauvé par un contrôleur irakien. Il vivra aussi dans le dénuement total en Grèce, en attendant le passeur, après avoir tout dépensé l’argent que son père lui avait confié. Dans l’avion pour le Canada, il doit déchirer son faux passeport et le faire disparaître dans les toilettes de l’avion.

Toutes ces scènes n’ont évidemment pas pu être filmées. Le film repose donc en grande partie sur toute une animation dessinée par Mélanie Baillairgé. Ces scènes sont entrecoupées d’entrevues et de séquences tournées au Québec auprès des protagonistes.

Un passé qui s’efface

C’est d’ailleurs l’une des forces du film, de montrer de façon si évidente le clivage entre la vie passée des réfugiés et leur présent au Canada. Dans les dessins de Mélanie Baillairgé sont représentés tous ces moments laissés derrière, ces visages disparus du quotidien, ces mères et ces pères qu’on ne revoit plus. « La transmission des savoirs ne se fait pas de façon fluide », lorsqu’il y a ainsi rupture dans les histoires de vie, raconte Paul Tom.

Alain avait 13 ans lorsqu’il a fui le Burundi, où son père avait été emprisonné pour une tentative de coup d’État. Harcelée de menaces, sa mère a pris ses trois enfants avec elle pour s’installer dans un camp de réfugiés au Kenya. C’est là qu’elle est morte au bout de quelques mois, laissant ses enfants orphelins.

Arrivé au Canada, Alain travaille d’arrache-pied pour devenir policier. Et le film montre comment, après plusieurs tentatives pour intégrer un corps policier, il est finalement admis dans la police à Toronto.

Les expériences racontées ici sont positives, malgré la vie en lambeaux que ces réfugiés ont laissée derrière eux. « Je ne pense pas que ça soit toutes des histoires heureuses, mais on a pris cet angle pour souligner le devoir de l’hospitalité », précise Paul Tom.

Ce sont des enfants vulnérables, qui n’ont rien. Ce qui les anime, c’est l’espoir. L’espoir, cette chose magnifique qui fait déplacer les montagnes, ils l’ont.

 

Ce dernier dit avoir voulu montrer comment des gens bienveillants peuvent faire toute la différence dans la vie de ces enfants. C’est vrai pour le contrôleur irakien qu’Afshin a rencontré sur sa route, mais c’est aussi vrai pour les intervenants du groupe PRAIDA, qui accompagnent, à Montréal, les réfugiés nouvellement arrivés.

Les réfugiés présentés ici « ont rencontré des gens généreux, qui ont pris soin d’eux », souligne Paul Tom.

« Ce sont des enfants vulnérables, qui n’ont rien », ajoute le réalisateur. « Ce qui les anime, c’est l’espoir. L’espoir, cette chose magnifique qui fait déplacer les montagnes, ils l’ont. »

 

Seuls

Paul Tom, Québec, 82 minutes, aux RIDM, vendredi 12 novembre à 18 h, au cinéma du Musée. Sortie en salle le 13 novembre.

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