Trudeau en vacances à Tofino: manque chronique de jugement

Justin Trudeau a cru bon de prendre la clé des champs avec sa famille pour un court séjour à Tofino, un endroit de rêve situé sur l’île de Vancouver, sur les bords du Pacifique. Les images, croquées par une équipe de télévision, étaient superbes.

Le premier ministre, qui avait falsifié son agenda public pour dissimuler cette escapade, s’y est envolé le jeudi 30 septembre, date proclamée pour la première fois Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada. On sait que ce jour-là, il a refusé deux invitations de la communauté Tk’emlúps te Secwépemc à assister à une cérémonie près du pensionnat de Kamloops où l’on a découvert les restes de 200 enfants autochtones en mai dernier. Son cabinet a indiqué que le premier ministre avait présenté ses excuses par téléphone, samedi, à la cheffe Rosanne Casimir. On ne peut lui enlever ça : les excuses, il connaît.

Cette gaffe est d’autant plus fâcheuse qu’elle manifeste une insensibilité envers une cause à laquelle Justin Trudeau accorde à juste titre une grande importance. Il est sans doute le premier ministre canadien qui a voulu en faire le plus pour la reconnaissance des Premières Nations. En juin dernier, son gouvernement a d’ailleurs fait adopter le projet de loi C-15, qui intègre dans le droit canadien la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, une avancée majeure.

Cette posture vertueuse entre en contradiction avec la désinvolture qu’il a démontrée en estimant qu’il était plus important pour lui de surfer en Colombie-Britannique, dans la province même où la découverte de ces restes a ravivé au printemps des plaies encore vives, que d’assister à une cérémonie lors de cette première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, une journée que son gouvernement a eu le mérite d’instituer.

Ce faux pas, qui a suscité une vague d’indignation parmi les chefs des Premières Nations, soulève des questions sur la qualité de l’entourage du premier ministre. Ou bien ses conseillers n’ont pas pris conscience du danger politique que sa légèreté lui faisait courir et ont omis de l’en avertir, ou bien Justin Trudeau les a envoyés promener. Dans les deux cas, cela témoigne de la faiblesse de son entourage.

Évidemment, au départ, c’est le manque de jugement de Justin Trudeau qui, encore une fois, a refait surface.

Comme un malheur ne vient jamais seul, la Cour fédérale vient de débouter le gouvernement, le forçant à verser possiblement des milliards en indemnisation à des enfants autochtones et leur famille. Le jugement étoffé de Paul Favel, un juge cri nommé par le gouvernement Trudeau, est tombé le 29 septembre, la veille de la journée de commémoration. Ça ne peut pas être un hasard.

Dans cette affaire qui commence en 2006, la Cour fédérale a confirmé la décision du Tribunal canadien des droits de la personne selon laquelle Ottawa s’était rendu coupable de discrimination envers les enfants autochtones en ne finançant pas adéquatement les services de protection de la jeunesse dans les réserves. Sous-financés par rapport aux mêmes services offerts hors réserve administrés par les provinces, les services fédéraux ont retiré indûment des enfants de leurs familles pour faire des économies.

Le Tribunal canadien des droits de la personne a octroyé une indemnité de 40 000 $ pour chacun des enfants touchés, dont 20 000 $ pour « l’insouciance » et « l’obstination » manifestées par les autorités fédérales relativement au tort qu’elles ont causé. Selon les chiffres avancés par l’Assemblée des Premières Nations, 54 000 enfants sont visés. Si cette évaluation s’avère, l’indemnisation associée à ce recours collectif pourrait dépasser les deux milliards de dollars.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a réagi à ce jugement dévastateur en indiquant que le fédéral ne s’opposait pas au versement des indemnisations, mais qu’il estime toujours que le Tribunal a outrepassé ses compétences en proposant son plan de compensation. Le juge Favel en a toutefois décidé autrement. Ottawa dispose de 30 jours à partir de la diffusion du jugement, c’est-à-dire jusqu’à la fin du mois d’octobre, pour en appeler.

On s’attend à ce que le gouvernement Trudeau s’adresse à la Cour d’appel fédérale. Rappelons que dans la cause qui a conduit au versement de quatre milliards pour les victimes des pensionnats pour Autochtones en 2007, le gouvernement Harper avait finalement négocié une entente à l’amiable.

Dans le contexte actuel, il faut s’attendre à ce que la décision d’Ottawa de porter la cause en appel soit mal reçue par les Autochtones. Justin Trudeau aurait pu faire bon usage du capital politique qu’il a dilapidé avec son escapade.

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