Le Canada souligne la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

De Kamloops à Mani-utenam, en passant par Montréal et Ottawa, des milliers de personnes se sont réunies jeudi pour souligner la toute première Journée nationale de vérité et réconciliation. Tour à tour, des survivants des pensionnats pour Autochtones ou des leaders des communautés ont rendu hommage aux victimes et à leurs familles. Et ils ont appelé le Canada à enfin reconnaître ce chapitre de son histoire.

La colline du Parlement fédéral a été recouverte d’une mer de chandails orange en matinée — symbole de commémoration des victimes qui ont été envoyées dans ces pensionnats pendant 150 ans.

L’heure était au recueillement, et non à la confrontation. Au fil des discours, des chants et des prières, moins d’une poignée de personnes ont crié leur mécontentement. La quasi-totalité écoutait en silence, certaines survivantes assises à l’avant essuyant quelques larmes.

À leurs côtés, Katy Rankin-Tanguay était présente au nom de membres de sa famille de la communauté de Pikogan, en Abitibi. C’est en feuilletant un recueil qu’elle a lu leurs noms parmi ceux d’anciens pensionnaires. Sa famille ne lui en avait jamais parlé.

« C’était le choc, parce que j’ai toujours pensé que j’avais grandi dans un lit douillet », s’est-elle remémoré, la voix emplie d’émotion. Ses proches ne lui ont pas parlé des sévices qu’ils ont vécus non plus, mais Mme Rankin-Tanguay s’imagine bien le sort qui leur a été réservé.

Le legs des pensionnats pour Autochtones, elle raconte l’avoir vécu elle-même aussi en étant placée dans un foyer non autochtone à Rouyn-Noranda à l’adolescence. Une forme « d’assimilation » et « d’abus », se désole-t-elle. « On t’enlève ta culture. Et tu n’as pas de repères quand tu grandis. »

Au même moment, les tambours et les témoignages résonnaient tout autant à Montréal. « Le chemin vers la réconciliation sera difficile », a clamé au micro le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard. « Le chemin vers la vérité est déjà extrêmement difficile. Si ça n’avait pas été de ces tombes anonymes découvertes par milliers depuis plusieurs mois, il y a encore beaucoup de personnes avec lesquelles nous cohabitons qui seraient encore dans le déni et l’ignorance. »

La militante Ellen Gabriel a aussi pris la parole devant la foule orangée rassemblée place du Canada. « À Kanesatake, d’où je viens, onze enfants ne sont jamais rentrés à la maison. Onze enfants qui ont été battus et torturés par des gens qui devaient prendre soin d’eux. On leur a dit qu’ils étaient des “maudits sauvages”. Et il y a encore des gens aujourd’hui qui nous traitent de “maudits sauvages” ! »

Des membres de communautés autochtones ont répété tour à tour qu’il était temps pour les Canadiens « d’apprendre de [leur] histoire ».

« Aujourd’hui, on se réunit pour ces enfants qui ne sont jamais rentrés chez eux. Ces 215 petites voix qui ont réveillé le pays, qui ont parlé au monde entier », a souligné à Ottawa Claudette Commanda, de la communauté de Kitigan Zibi, au sujet des 215 sépultures découvertes le printemps dernier sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops en Colombie-Britannique.

La communauté Tk’emlups te Secwépemc, où se trouvait le pensionnat, dit avoir invité Justin Trudeau à participer à ses commémorations. Le premier ministre est resté sur l’île de Vancouver, où il prend quelques jours de repos avec sa famille.

Place à la justice, aussi

Le solennel des commémorations a aussi laissé place à la revendication. « Rendez-nous nos terres ! » a scandé sans relâche la foule montréalaise lors de la marche qui a suivi les discours. « Nous voulons récupérer nos terres. Si vous ne nous laissez pas prendre le contrôle sur nos destinées, vous faites partie du problème », a prévenu Ellen Gabriel.

Devant le Parlement canadien, plusieurs ont eu des mots plus durs à l’endroit du gouvernement fédéral. « Le Canada doit faire plus qu’offrir des excuses. Et ils doivent faire plus que de nous offrir de l’argent », a insisté au micro Wakerakatste Louise McDonald du Conseil national mohawk.

Doug George-Kanentiio, qui a été pensionnaire à l’ancien Institut mohawk près de Brantford en Ontario, a quant à lui formulé une série de demandes au gouvernement Trudeau.

D’abord, que les sites de tous les anciens pensionnats soient déclarés des scènes de crime, qu’ils soient fouillés et que les sépultures soient rapatriées dans les communautés. Et que « tous ceux qui ont pris part aux abus de ces enfants soient tenus responsables en vertu des lois criminelles ». Et ce, peu importe leur âge.

George-Kanentiio a également réclamé l’ouverture d’un musée autochtone distinct, avec une aile consacrée à l’histoire des pensionnats pour Autochtones.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, était présent, mais il n’a pas voulu s’adresser aux médias, pour laisser la parole aux survivants.

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