​Santé: la Côte-Nord se sent lésée

Montréal n’est pas la seule à s’être fait enlever de nombreux médecins de famille au profit du 450 cette année. La Côte-Nord aussi, et les médecins sont outrés.

« On est une région éloignée et là, on a l’impression d’être encore plus éloignés que d’habitude », fait valoir le chef du Département régional de médecine générale (DRMG) de la Côte-Nord, Roger Dubé.

« C’est insultant », s’insurge quant à lui le Dr Pierre Gosselin, qui préside l’Association des médecins omnipraticiens de la Côte-Nord. « On a de la misère depuis des années. On dirait qu’on n’a pas de soutien. »

La région, qui compte 158 médecins de famille au total, s’était fait attribuer 18 postes de plus cette année. Mais le ministre de la Santé, Christian Dubé, a usé de son pouvoir discrétionnaire pour en enlever huit.

C’est l’équivalent de 44 % des ressources promises, soit encore plus en proportion que ce qui a été enlevé à Montréal au profit du 450, souligne le Dr Roger Dubé. « C’est énorme, dit-il. Cette année, on est très perdants. »

On est une région éloignée et là, on a l’impression d’être encore plus éloignés que d’habitude.

Le 7 octobre dernier, Le Devoir révélait que le ministre Dubé avait recouru à son pouvoir discrétionnaire pour réduire de façon importante le nombre de médecins des PREM (Plans régionaux d’effectifs médicaux) destinés à la région de Montréal et à la Côte-Nord au profit de la Montérégie, de Laval, des Laurentides et de Lanaudière.

Au cabinet du ministre, on fait valoir que la Côte-Nord peine, de toute façon, à pourvoir les postes qui lui sont attribués. « Malgré des incitatifs financiers déjà présents, force est de constater que les médecins ne prennent pas les places disponibles », a répondu par écrit son attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau.

Ainsi, en 2018, sept des dix-sept postes octroyés n’ont pas été pris. L’année suivante, ce fut encore pire : seulement six des dix-neuf postes ont trouvé preneurs.

Le Dr Dubé convient que le recrutement est difficile, en particulier à Port-Cartier, Forestville, Havre-Saint-Pierre et Fermont. La situation est meilleure à Sept-Îles et Baie-Comeau. « D’ailleurs, Baie-Comeau va assez régulièrement desservir Forestville pour dépanner. »

À Fermont, par exemple, des médecins qui devaient prendre leur retraite ont accepté de continuer à travailler à temps partiel une année de plus pour compenser le manque de recrues.

Le Dr Dubé fait par ailleurs remarquer que l’an dernier, le recrutement avait été assez bon (19 postes comblés sur 20) et s’explique mal qu’on n’en ait pas tenu compte. « On s’attendait à ce que ce soit encore mieux que l’année passée. »

« On venait finalement d’avoir une équipe complète pour le recrutement au CISSS [Centre intégré de santé et de services sociaux] », déplore de son côté le Dr Gosselin.

Du jamais vu

Le rôle des omnipraticiens est élargi en région éloignée. Les médecins spécialistes étant plus rares, le rôle des médecins de famille est beaucoup plus central à l’urgence et en milieu hospitalier (la deuxième ligne). Ils œuvrent en pédiatrie, en psychiatrie et même en oncologie.

Selon le Dr Dubé, la baisse des PREM est dramatique, parce que la Côte-Nord dépend des PREM pour recruter de nouveaux médecins. « C’est rare qu’un médecin en pratique aille s’installer sur la Côte-Nord. »

Le problème, poursuit-il, c’est que « le message » lancé par le ministre risque de rendre le recrutement futur encore plus ardu. Ça donne l’impression que la Côte-Nord « n’a pas besoin de médecins tant que ça ».

L’an dernier aussi, la ministre de l’époque, Danielle McCann, avait réduit les PREM de la Côte-Nord, mais de façon beaucoup moins importante, relève le Dr Dubé. « Elle les avait réduits de quatre ou cinq sur un total de 21. […] Huit, c’est la première fois, et ça m’apparaît vraiment arbitraire. »

Sur la Côte-Nord, le taux d’inscription à un médecin de famille est de 77 %, la même chose qu’en Montérégie et moins que dans le reste du 450.

Le nombre de médecins pour 1500 habitants y est toutefois plus élevé que la moyenne québécoise (2,9 contre 1,7).

Au Québec, la répartition des médecins sur le territoire (les PREM) est déterminée par un comité de représentants du ministère de la Santé et des fédérations médicales, le Comité de gestion des effectifs médicaux en médecine générale (COGEM), qui se base sur différents calculs pour trancher.

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