​Logements insalubres: des locataires de Parc-Extension font pression sur leur propriétaire

Coquerelles, punaises de lit, moisissures : des locataires ont dénoncé samedi les piètres conditions dans lesquelles ils demeurent depuis des années en manifestant devant un immeuble défraîchi de Parc-Extension qu’ils refusent de quitter, de peur de ne pas réussir à trouver un autre logement abordable ailleurs dans ce quartier de Montréal.

« Je ne peux pas partir », soupire au Devoir Dharminder Singh, un père de famille d’origine indienne qui s’est envolé pour Montréal il y a quatre ans en tant que réfugié. Il demeure depuis dans un logement de type trois et demi qu’il partage avec d’autres membres de sa famille. Son loyer, à 585 dollars par mois, est abordable pour le secteur. Les inconvénients sont toutefois nombreux. Comme d’autres locataires rencontrés devant cet immeuble de l’avenue Ball samedi, où une mobilisation populaire a eu lieu à l’initiative du Comité d’action de Parc-Extension (CAPE), M. Singh est confronté au quotidien à la présence de coquerelles, de punaises de lit et de rats dans son appartement.

« La nuit, vous vous assoyez sur une chaise, vous fermez les lumières, et vous en voyez deux ou trois se promener devant vous », lance-t-il en référence aux rongeurs, tout en ajoutant que son four a cessé de fonctionner. « Tout est sale », renchérit le locataire, qui déplore que son propriétaire fasse la sourde oreille à ses plaintes.

Malgré tout, le père de famille, aux revenus modestes, hésite à quitter son logement, de peur de ne pas réussir à trouver un autre appartement abordable dans le secteur. À proximité, un logement de taille similaire se loue 1300 $, s’étonne-t-il. « Je ne peux pas partir », soupire le père de famille.

Impunité

Il est d’ailleurs loin d’être le seul locataire dans cette situation dans cet immeuble de quatre étages, qui compte 24 appartements, selon le registre foncier de la Ville de Montréal.

« La majorité des locataires [de cet immeuble] sont des immigrants à faible revenu qui ont très peu d’options en termes de logements abordables ici dans le quartier. Ça crée un contexte d’impunité pour le propriétaire. Il peut négliger les immeubles et harceler les locataires sans aucune reddition de compte », déplore ainsi l’organisatrice communautaire du CAPE, Amy Darwish.

En mai dernier, Le Devoir rapportait notamment que le gestionnaire de cet immeuble, qui n’a pas répondu à nos appels samedi, a encaissé des dépôts de garantie illégaux d’au moins deux locataires pour le même appartement et la même date d’emménagement. Aucun d’entre eux n’avait alors eu accès au dit logement.

Smaro Tzanetoulakos, une dame âgée de 75 ans qui demeure à cette adresse depuis 15 ans, avait alors déposé un recours devant le Tribunal administratif du logement, pour lequel elle a eu gain de cause récemment. Le tribunal a ainsi condamné le propriétaire de l’immeuble à lui remettre 12 000 $ à titre de dédommagement pour les divers torts qu’elle a subis. Présente à cette manifestation samedi, la locataire a elle aussi fait état de problèmes de vermines dans son logement. Elle a aussi montré du doigt l’insalubrité du bâtiment, dont l’entrée est faiblement éclairée.

« On vit comme des animaux ici », peste Mme Tzanetoulakos. La dame, qui paie un loyer de 540 $ par mois, n’envisage toutefois pas de quitter son logement. « J’ai 75 ans. Je ne suis pas une jeune locataire qui peut déménager facilement d’un endroit à l’autre », soupire-t-elle derrière son masque.

Hausse des loyers

Le propriétaire continue d’ailleurs annuellement de hausser le loyer de ses locataires, malgré les inconvénients que subissent ceux-ci, ont déploré plusieurs d’entre eux au Devoir, samedi.

« Nous avons l’impression qu’il veut tout simplement augmenter les loyers sans faire aucune amélioration des conditions des logements dans l’immeuble », s’offusque ainsi Mme Darwish. Cette dernière presse ainsi la Ville d’avoir une approche plus « coercitive » à l’égard des propriétaires de logements insalubres « pour forcer une amélioration des conditions dans des immeubles de logements comme celui-ci ».

L’organisatrice communautaire demande d’autre part aux partis politiques en lice dans la campagne électorale en cours à l’échelle municipale à s’engager à investir davantage dans des logements sociaux pour répondre à la demande à Montréal. 

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